DIG / L’ancien Vice-Président Pierre Claver Maganga Moussavou a profité de sa rentrée politique, le 11 janvier 2026 à Libreville, pour dégainer une proposition choc : la création de 5 000 « fermes-villages » pour résorber le chômage des jeunes.
Le président du Parti Social-Démocrate (PSD) ne fait pas dans la demi-mesure. Son plan prévoit d’installer des jeunes, fraîchement sortis du service militaire obligatoire, sur des parcelles de 100 hectares chacune.
L’objectif ? Transformer 500 000 hectares de terres en pôles de production de rente (café, cacao) et vivrière (banane, manioc), le tout encadré par les Conseils départementaux qui rachèteraient la production.
Un air de déjà-vu : Le fantôme du programme GRAINE
Il est impossible de lire cette annonce sans penser au programme GRAINE (Gabonaise des Réalisations Agricoles et des Initiatives des Nationaux Engagés), lancé en grande pompe en 2014.
Lui aussi promettait de transformer les jeunes en « agri preneurs » et de garantir l’autosuffisance alimentaire.
Dix ans plus tard, malgré des milliards investis et la distribution de titres fonciers, les résultats peinent à convaincre : problèmes d’évacuation des produits, coopératives fantômes et conflits fonciers ont souvent eu raison des ambitions initiales.
La proposition de Maganga Moussavou d’impliquer les Conseils départementaux pour l’achat des récoltes tente de répondre à l’échec logistique de GRAINE (la fameuse SOTRADER, devenue SAEG), qui a souvent laissé les planteurs avec leur production sur les bras faute de routes praticables.
Les ZAP : L’autre précédent
Plus récemment, en 2020, le gouvernement lançait les cinq Zones Agricoles à Forte Productivité (ZAP) (Kango, Idemba, etc.) avec l’ambition de produire 50 % de la consommation nationale à l’horizon 2025.
Là encore, la viabilité du modèle repose sur des investissements lourds en infrastructures de base (eau, électricité, route) que l’État peine à financer sur la durée.
L’originalité : Le lien Armée-Nation
La seule véritable innovation du projet « Fermes-Villages » réside dans son adossement au service militaire obligatoire.
En liant la discipline militaire au travail de la terre, Maganga Moussavou touche une corde sensible : celle du « retour à la terre » non plus comme une option par défaut, mais comme un devoir patriotique structuré.
Cependant, la question du financement reste entière. Avec un budget d’investissement de l’État sous tension et une note souveraine dégradée, qui paiera pour l’aménagement de ces 500 000 hectares ?
Sans réponse claire, ces 5 000 fermes risquent de rester ce que beaucoup de projets agricoles ont été avant elles au Gabon : de très belles maquettes.



