Affaire KPS : Où sont donc passés les 15 milliards de FCFA de règlement annoncés par Philippe Tonangoye ?

DIG / Le 23 février 2026, le ministre de l’Énergie Philippe Tonangoye affirmait sans ambiguïté sur le plateau de Gabon24 : « 15 milliards de FCFA ont été mobilisés à Ecobank pour payer les factures de KPS. »

Moins d’un mois plus tard, l’opérateur turc Karpowership Global DMCC notifie aux autorités gabonaises, dans un courrier daté du 17 mars 2026, sa décision de suspendre totalement sa production dès ce soir à 23h59.

Interrogations

Alors, que s’est-il passé entre ces deux dates ? L’ardoise a-t-elle réellement été soldée, ou s’agissait-il une fois de plus d’une annonce destinée à calmer les esprits ?

La chronologie des faits laisse perplexe. Le 20 février 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema recevait en grande pompe une délégation de Karpowership conduite par Cagdas Sevik, vice-président de KPS.

Une audience présentée comme un tournant décisif dans la relation entre les deux parties. Trois jours plus tard, le ministre Tonangoye confirmait le paiement des 15 milliards de Francs.

Communication mensongère ?

L’affaire semblait close. Pourtant, moins de quatre semaines après ces déclarations rassurantes, l’opérateur turc brandit à nouveau la menace d’un arrêt total de ses turbines. Quelque chose, manifestement, ne colle pas.

Karpowership est pourtant explicite dans sa mise en demeure : les sommes reçues restent insuffisantes pour « couvrir les obligations opérationnelles » et garantir la viabilité de ses activités.

L’entreprise réclame un nouveau règlement immédiat de 15 milliards de FCFA pour maintenir en marche les 150 mégawatts qu’elle fournit à la zone de Libreville Sud.

Ce qui amène à une question légitime : si les 15 milliards de FCFA annoncés par le ministre Tonangoye ont bien été versés, comment une nouvelle dette de même ampleur a-t-elle pu se reconstituer en moins d’un mois ? Ou pire, ces 15 milliards ont-ils réellement été décaissés ?

Abus de confiance

La mise en demeure, adressée conjointement au ministre de l’Énergie, au ministre de l’Économie Thierry Minko et à la direction de la SEEG, révèle surtout l’épuisement d’un partenaire qui affirme avoir prolongé sa production « au-delà des échéances initialement convenues » par esprit de coopération.

Autrement dit, Karpowership a joué le jeu des promesses gabonaises une fois de trop. Le représentant de l’entreprise, Cagdas Sevik, laisse certes la porte ouverte à des « discussions urgentes », mais le message de fond est sans équivoque : les paroles ne suffiront plus.

Si aucun déblocage de fonds n’intervient d’ici ce soir, c’est le Grand Libreville tout entier qui risque de plonger dans l’obscurité, aggravant une crise énergétique et sociale déjà explosive.

Pour un gouvernement qui veut faire de l’amélioration du quotidien des Gabonais son principal argument de légitimité, laisser la capitale sans électricité serait bien plus qu’une défaillance de gestion, ce serait une contradiction criante avec ses propres promesses.

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La Redaction

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