DIG / Ce qui a été présenté hier par l’Exécutif comme une « suspension temporaire » prend désormais les allures d’un verrouillage technologique systématique du cyberespace national.
Depuis le 25 février 2026, l’étau s’est définitivement resserré sur les internautes gabonais. La restriction franchit un nouveau cap avec deux éléments majeurs :
-L’alignement de tous les Fournisseurs d’accès à Internet (FAI): Après Airtel et Canalbox, l’entrée en lice de Moov Gabon Telecom confirme que l’injonction gouvernementale est désormais appliquée par la totalité des fournisseurs d’accès à Internet. Il n’y a plus d’échappatoire via un réseau concurrent.
-L’élargissement de la censure : Le blocage ne se limite plus aux simples réseaux sociaux (Facebook, X, TikTok) ou aux messageries (WhatsApp). La coupure de YouTube marque une volonté d’assécher totalement la diffusion de contenus vidéos, souvent utilisés pour contourner la censure écrite ou relayer des informations alternatives.
La neutralisation des stratégies de contournement
L’inaccessibilité soudaine des extensions sur le navigateur Google Chrome est le signal le plus inquiétant sur le plan technique.
-Ciblage des VPN : Les extensions de navigateur sont les outils les plus simples et les plus utilisés par le grand public pour installer des VPN gratuits afin de masquer leur adresse IP et contourner les blocages locaux.
-Filtrage avancé : Rendre ces boutiques d’extensions inaccessibles prouve que l’État et les opérateurs ont déployé des méthodes de filtrage réseau poussées (comme le blocage de requêtes DNS spécifiques ou le Deep Packet Inspection). Le gouvernement démontre ainsi qu’il a les moyens techniques d’imposer un contrôle quasi hermétique.
Une démonstration d’autorité à double tranchant
Politiquement, cette escalade traduit en actes fermes le discours de fermeté tenu par le président Oligui Nguema lors du dernier Conseil des ministres. L’État montre les muscles pour prouver qu’il maîtrise les flux de communication sur son territoire.
Cependant, économiquement, ce verrouillage risque de coûter très cher.
En coupant les réseaux sociaux et YouTube, et en traquant les VPN, on paralyse l’écosystème digital des PME, le commerce informel, et la communication institutionnelle du pays, créant un climat d’isolement préjudiciable aux affaires.



