Blocage des réseaux sociaux : Les créateurs de contenus à l’agonie ?

DIG / La suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute Autorité de la Communication n’a pas frappé tous les acteurs du numérique avec la même intensité.

Pour certains, l’activité s’est arrêtée net ; pour d’autres, elle s’est simplement complexifiée.

Entre pertes financières immédiates et stratégies d’adaptation, la crise révèle surtout la dépendance structurelle de l’économie digitale gabonaise aux plateformes sociales.

Pour Olivier Ona, co-fondateur du studio Studio PRSPCTV, le constat est brutal.

Son activité repose principalement sur YouTube.

« Couper les réseaux sociaux, dont YouTube qui est notre plateforme de prédilection, n’affecte pas seulement les e-commerçants ; elle affecte les studios de production, les créateurs de contenus, les agences de communication, les médias en ligne et les annonceurs. »

Sans diffusion, explique-t-il, « aucune monétisation n’est possible, donc aucune création de valeur ».

Les pertes sont déjà chiffrées : « Un épisode non diffusé représente 1 125 000 F CFA de revenus publicitaires perdus chaque semaine. »

L’entrepreneur parle d’« arrêt des diffusions », d’« engagement qui tombe à zéro » et de partenaires qui « reportent leurs activations ».

Pour ces structures, la coupure équivaut à une cessation temporaire d’activité, alors que les charges continuent de courir.

« La suspension des réseaux sociaux n’est pas qu’un débat politique, c’est une interruption d’activité économique », tranche-t-il.

Presse en ligne

À l’inverse, du côté des médias en ligne, l’impact apparaît plus nuancé.

Responsable du site d’information Com UA, Uriel Abaga explique : « Nous ne sommes pas affectés à 100 %. Ce sont les réseaux sociaux qui sont impactés par la suspension et non nos sites en ligne. Nous pouvons continuer de publier nos articles. Techniquement, les rédactions restent opérationnelles ».

Le journaliste souligne que la difficulté concerne surtout la visibilité. « L’internaute gabonais ne va pas beaucoup sur les sites. Il est généralement appâté par le lien posté sur un réseau social, avant d’être redirigé sur le contenu du site. »

Sans relais sur Facebook, Instagram ou X, le trafic diminue et les web TV « auront du mal à poster leurs éléments vidéos ».

Dans la pratique toutefois, « tout le monde a recours à des VPN pour continuer à naviguer », note-t-il, estimant que « c’est le débit Internet qui a été réduit ».

 Pertes d’audience

De ce fait, ces deux expériences dessinent une fracture nette : les studios et créateurs, dépendant de la diffusion sociale pour générer des revenus immédiats, subissent un choc direct ; les sites d’information, eux, continuent d’exister mais perdent leur principale source d’audience.

Dans les deux cas, la dépendance aux plateformes internationales notamment, youtube apparaît comme le maillon faible.

Au fond, la crise agit comme un révélateur. « Le bon sens devrait commander de trouver des solutions pour continuer d’exister », plaide Uriel Abaga.

« Lorsqu’on coupe cette infrastructure, ce sont des emplois, des revenus et des projets qui sont mis en pause », alerte Olivier Ona.

Deux diagnostics différents, mais une même conclusion : sans autonomie numérique, chaque suspension devient un risque économique national.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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