DIG / Historiquement intouchable, le groupe CECA-GADIS (Cecado, CKdo, CK2 et Gaboprix) traverse aujourd’hui la crise la plus sévère de son histoire.
Avec plus de 103 points de vente et un statut de grand employeur privé du pays (environ 2 500 salariés), le vacillement de ce colosse fait peser un risque systémique sur l’économie nationale.
Ses revenus, indique t-on, ont fortement chuté sur les trois dernières années, en recul de 20,1 milliards de F CFA (-11,4 %), pour se fixer à 156 milliards de F CFA en 2025.
L’entrée de l’Etat à hauteur de 35 % dans le capital du Groupe n’a pas réussi à redresser les comptes de l’entreprise.
Une équation financière devenue insoluble
Le déclin s’explique, indique t-on, par une accumulation de facteurs qui étranglent la trésorerie du groupe :
-Fin des privilèges : l’État concédait à Ceca-Gadis des exonérations fiscales et lui octroyait des subventions afin d’assurer une présence dans les neuf provinces du Gabon et de promouvoir une politique de prix bas au bénéfice des consommateurs.
-L’étau de la dette : l’endettement auprès des fournisseurs se compterait désormais en dizaines de milliards de FCFA, provoquant des ruptures de stocks chroniques, particulièrement critiques dans les rayons des magasins de province.
-Le piège de la logistique : contrairement à ses concurrents, CECA-GADIS assure une présence dans les 9 provinces. En 2025 , le coût du transport et de la conservation des denrées vers l’intérieur du pays est devenu un gouffre financier insupportable.
-La guerre des prix : entre le plafonnement des marges imposé par le gouvernement pour lutter contre la « Vie Chère » et la montée en puissance de concurrents plus agiles comme Carrefour-Prix Import, les marges de manœuvre du groupe se sont évaporées.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Si CECA-GADIS tombe, c’est tout le réseau d’approvisionnement du Gabon profond qui s’effondre. Là où les nouveaux acteurs se concentrent sur les zones urbaines rentables (Libreville, Port-Gentil), le géant historique reste souvent le seul lien vital pour les populations rurales.
Le verdict est sans appel : sans une restructuration lourde de son modèle logistique ou l’arrivée d’un partenaire stratégique capable d’injecter des liquidités fraîches, le fleuron de la distribution gabonaise risque de ne plus pouvoir honorer sa promesse de proximité.
Confiance aveugle ?
Cependant, pour le nouvel Administrateur directeur général Isabelle Essonghé, il n y a pas péril en la demeure. Bien au contraire.
Avec le plan « Excellence 2024-2027, le groupe entend multiplier les partenariats locaux grâce au concept de « propriétaire-partenaire allié », lequel consiste à confier la gestion des magasins à des entrepreneurs du cru.
«L’échec, ce n’est pas la fin. L’échec, c’est plutôt l’apprentissage. C’est l’apprentissage pour aller plus loin. C’est l’apprentissage pour se bonifier (…).
Un entrepreneur ne peut pas être pessimiste. Sinon, il arrête tout et il n’avance pas. Donc, on se réinvente, on continue et on avance», a t-elle indiqué lors de l’Apéro Networking organisé par EDN’Comm, en partenariat avec l’association Agir pour une Jeunesse Autonome (APJA) autour du thème : «Le parcours entrepreneurial : sous le prisme de l’échec»,



