DIG/ Faut-il continuer à dépendre des barrages et des centrales thermiques au fioul ? Ou oser un virage plus audacieux avec le nucléaire de petite taille ?
La question n’est plus théorique sur le continent.
En République centrafricaine, des discussions sont engagées avec la société d’État russe Rosatom pour la construction d’un réacteur nucléaire modulaire.
L’information, révélée par le média russe Izvestia, a été confirmée par l’ambassadeur centrafricain à Moscou.
Selon le diplomate centrafricain, un petit réacteur pourrait transformer durablement l’économie de son pays, même si le chantier nécessiterait près de dix ans.
Avantage
Pourquoi cette option séduit-elle de plus en plus de pays émergents ?
Les petits réacteurs modulaires, appelés SMR (Small Modular Reactors), sont moins coûteux, plus rapides à installer et surtout plus sûrs que les centrales nucléaires classiques.
Ils produisent, indique t-on, une électricité stable, continue, indépendante des saisons ou des aléas climatiques.
Contrairement à l’hydroélectricité, fortement dépendante du niveau des pluies, le nucléaire garantit une production permanente.
Selon un rapport publié le vendredi 1er août 2025 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les pays africains pourraient multiplier par dix leurs capacités nucléaires installées d’ici 2050, grâce notamment aux petits réacteurs modulaires qui ont significativement abaissé le coût du financement de l’électronucléaire et ses délais de construction,
Intitulé « Outlook for nuclear energy in Africa », le rapport rappelle que l’Afrique du Sud reste jusqu’ici le seul pays africain à produire de l’énergie nucléaire.
Sa centrale de Koeberg, composée de deux réacteurs, fournit près de 2 gigawatts (GW) au réseau, et en 2024, le réacteur n° 1 a profité d’une prolongation de 20 ans de sa durée de vie.
Mais plus de vingt autres pays africains souhaitent emboîter le pas au pays le plus industrialisé du continent, et plusieurs d’entre eux passent déjà de la phase de planification à celle de mise en œuvre.
L’Egypte construit actuellement la centrale nucléaire d’El Dabaa d’une puissance de 4,8 gigawatts, dont la première tranche devrait être mise en service d’ici 2028.
Le Ghana, le Rwanda, le Kenya, la Namibie et le Nigeria ont pris la décision d’adopter la technologie nucléaire et travaillent avec l’AIEA pour préparer les infrastructures, mettre en place des organismes de réglementation et développer les ressources humaines nécessaires.
Enjeu
Pour le Gabon, l’enjeu est évident. À Libreville comme à l’intérieur du pays, les coupures intempestives freinent l’activité économique, pénalisent les PME, perturbent les hôpitaux et découragent les investisseurs.
Malgré les barrages de Kinguélé, Tchimbélé ou Grand Poubara, la couverture énergétique reste fragile.
Les centrales thermiques, elles, alourdissent la facture publique et accentuent la dépendance aux énergies fossiles.
Dès lors, une interrogation s’impose : Et si le Gabon anticipait l’avenir plutôt que de subir l’urgence ?
Le pays dispose d’atouts non négligeables : stabilité politique relative, capacités financières supérieures à celles de plusieurs voisins, position stratégique et tradition minière ancienne.
Il possède même de l’uranium dans son sous-sol, notamment dans la région de Franceville. Autrement dit, les bases techniques et géologiques existent déjà.
Préalable
Reste la question cruciale : le nucléaire est-il réaliste ou prématuré ?
Un tel projet exigerait un cadre réglementaire solide, des ingénieurs formés, une autorité de sûreté indépendante et une transparence totale pour rassurer les populations.
Le débat environnemental et sécuritaire serait également central. Mais attendre indéfiniment n’est-il pas plus risqué encore, alors que la demande énergétique explose ?
À l’heure où plusieurs pays africains explorent de nouvelles voies pour sécuriser leur production électrique, le Gabon peut-il se permettre de rester spectateur ?
Le nucléaire modulaire ne serait pas une solution miracle, mais il pourrait constituer un levier stratégique pour sortir durablement du cycle des délestages et amorcer la transition hors des énergies fossiles.



