Création d’une brigade mixte d’intervention rapide : Le Gabon en a t-il les moyens ?

DIG / Suite à l’enlèvement de neuf marins dans la nuit du 10 au 11 janvier 2026 au large d’Ekwata, le Ministre de la Mer, Aimé Martial Massamba, a annoncé la création prochaine d’une brigade mixte d’intervention rapide.

En proposant une structure « mixte », l’État cherche à briser les silos entre la Marine marchande, la Marine nationale et la gendarmerie pour mutualiser les moyens.

Cependant, l’efficacité d’un tel projet repose sur trois piliers dont la solidité reste à démontrer.

  1. Le défi du financement et de l’équipement: Une brigade d’intervention rapide nécessite des embarcations performantes (vedettes rapides), des systèmes de surveillance radar de pointe et des drones. Or, le ministère de la Pêche dispose-t-il, sur son budget propre, des ressources pour armer une telle force ? Sans une loi de programmation sécuritaire ou une rallonge budgétaire exceptionnelle, cette brigade risque de manquer de carburant et de pièces de rechange dès les premiers mois, un mal chronique des administrations gabonaises.
  2. La coordination inter-agences: Le terme « mixte » est séduisant sur le papier, mais complexe sur le terrain. Qui aura le commandement opérationnel ? Comment s’articulera cette brigade avec les patrouilles existantes de la Marine nationale qui a la prérogative de la défense du territoire ? Le risque de doublon ou de conflit de compétence est réel si le cadre juridique n’est pas clairement défini dès le départ.
  3. Le renseignement avant l’action: L’intervention rapide n’est utile que si elle est guidée par un renseignement précis. L’annonce du ministre mentionne un « renforcement des mesures réglementaires » pour contrôler les navires. C’est un pas nécessaire, mais insuffisant face à des pirates souvent très bien informés. La viabilité du projet dépendra de sa capacité à anticiper les attaques plutôt qu’à simplement constater les dégâts a posteriori.

Le projet est nécessaire, mais sa viabilité dépendra moins de la volonté politique que des moyens financiers et techniques qui seront réellement débloqués.

Sans cela, cette brigade ne sera qu’une annonce de plus dans les archives de la lutte contre la piraterie dans le Golfe de Guinée.

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La Redaction

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