Déguerpissement aux 3 Quartiers : Près de 200 ménages à la rue…

DIG / Les pelleteuses ont fait place nette aux 3 quartiers, mais elles laissent derrière elles une question en suspens : que vont devenir les dizaines de familles brutalement jetées à la rue ce 16 mars ?

Si l’ultimatum de la Direction Générale du Patrimoine de l’État (DGPE) était connu, l’absence d’un « plan B » transforme cette reconquête foncière en crise sociale immédiate. Les chiffres donnent le vertige : au total, ce sont près de 200 ménages qui se retrouvent sans abri.

Dans le détail, l’opération a frappé 143 occupants de la cité dite des 90 Logements et 53 habitants du quartier des Trois Quartiers.

 Des familles livrées à elles-mêmes, des scolarités brisées

Aujourd’hui, la grande majorité des familles évacuées est livrée à elle-même. Après avoir entassé leurs derniers effets personnels sur les trottoirs, ces citoyens n’ont d’autre choix que de se replier sur la solidarité familiale.

La situation est d’autant plus dramatique qu’elle frappe de plein fouet une population vulnérable : les jeunes.

De nombreux ménages comptent des élèves et des étudiants en pleine période de préparation de leurs examens.

Les habitants, qui avaient bien reçu les sommations, espéraient qu’on leur accorderait un délai de grâce d’au moins trois mois pour permettre aux enfants d’achever l’année scolaire. En vain. Beaucoup partent s’entasser chez des proches dans les quartiers périphériques de Libreville, aggravant ainsi la précarité ambiante et bouleversant des scolarités entières.

L’urgence sécuritaire de l’État face au drame humain

Du côté des autorités, l’inflexibilité s’explique par l’urgence sécuritaire et légale. Selon Tita Michel Édou Ngomo, Directeur Général du Patrimoine, ces logements administratifs — initialement dédiés aux fonctionnaires — se trouvaient dans un état de délabrement extrêmement avancé, représentant un danger de mort pour les résidents.

Cependant, contrairement à de précédentes opérations de l’État (comme à Plaine-Oréty) où des sites de recasement avaient finalement été aménagés face à la pression, le silence prévaut pour l’instant.

Les habitants évacués étant considérés comme des occupants illégaux du domaine de l’État, aucune mesure d’indemnisation ou de relogement d’urgence n’a été actée.

Si la volonté des autorités de moderniser le centre-ville, d’éradiquer l’insalubrité et de reconstruire de nouveaux logements de fonction est légitime, le sort incertain de ces « déguerpis » rappelle une dure réalité : la métamorphose de Libreville a un coût humain que les futures fondations de béton ne pourront pas totalement masquer.

Derrière les gravats, ce sont des vies entières qu’il faudra désormais reconstruire.

 

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La Redaction

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