Du ministère de l’Economie à la Présidence : La Douane transformée « en garde prétorienne » financière ?

DIG / C’est une onde de choc qui traverse les couloirs de la Direction Générale des Douanes et des Droits indirects : traditionnellement bras armé du ministère de l’Economie pour la mobilisation des recettes et le pilotage du PIB, la Douane change de camp.

Par une ordonnance actant son statut « paramilitaire », elle devient désormais une composante des Forces de Sécurité, rattachée directement au chef de l’État.

Officiellement, l’exécutif justifie ce transfert par la nécessité de renforcer la lutte contre la fraude, la contrebande et les trafics illicites. En érigeant la Douane en acteur stratégique de la « souveraineté sécuritaire », le pouvoir entend professionnaliser le corps et accroître son efficacité opérationnelle.

Pourtant, au ministère de l’Économie, le silence est lourd. Joint par téléphone, le cabinet du ministre a refusé tout commentaire, traduisant un malaise évident : Comment piloter la politique économique d’un pays quand l’un de ses principaux leviers de recettes lui est retiré ?

Le spectre d’une gestion opaque

Cette décision soulève une question de gouvernance majeure : Assiste-t-on à la naissance d’un « État dans l’État » ?

En isolant la Douane des circuits administratifs classiques pour la loger à la présidence, le risque d’une concentration excessive des pouvoirs est réel.

Certains analystes s’inquiètent déjà de l’émergence d’un « roitelet » à la tête de cette nouvelle institution, un super-directeur bénéficiant d’une proximité directe avec le Palais, échappant ainsi aux contrôles et arbitrages budgétaires habituels.

Si le renforcement de la discipline et de la protection sociale des douaniers est salué, le prix à payer semble être celui de la transparence. En déconnectant la collecte des recettes du ministère de l’Économie, le gouvernement prend le risque d’une fragmentation de la gestion publique.

Reste à savoir si cette « militarisation » financière servira réellement l’intérêt général ou si elle n’est qu’un outil de contrôle politique sur le poumon économique du pays.

apropos de l auteur

La Redaction

Laisser un commentaire