Eau potable : Annonces en cascade, stratégie floue et promesses recyclées

DIG/ L’eau est un droit fondamental. Pourtant, au Gabon, elle reste encore un privilège pour des milliers de ménages.

Le 23 février 2026, sur le plateau de l’émission « Le gouvernement s’exprime » diffusé par Gabon 24, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a annoncé un vaste chantier : la réhabilitation de 600 adductions d’eau villageoises (AEV) à travers le pays.

Une opération présentée comme « titanesque », destinée à reconnecter le Gabon profond à un service aussi vital que l’eau potable.

L’ambition est louable. Mais elle soulève une interrogation simple : Que sont devenus les projets déjà promis ces dernières années ?

Car ce discours n’est pas nouveau. En octobre 2023, le ministre de l’Energie Jeannot Kalima présentait au président de la Transition, Brice-Clotaire Oligui Nguéma, un portefeuille de « projets structurants » censés résorber la pénurie d’eau dans le Grand Libreville : Le projet Ntoum 7, ainsi que 12 forages équipés d’unités de potabilisation, qui devaient être déployés en urgence, dont plusieurs livrables en quelques mois.

Deux ans plus tard, aucun bilan officiel détaillé n’a été rendu public.

Combien de forages réellement fonctionnels ? Quels quartiers alimentés ? À quel rythme ? Le silence administratif entretient le flou.

Dans la capitale, les chiffres avancés aujourd’hui traduisent pourtant l’ampleur du dysfonctionnement : sur 100 m³ produits à Ntoum, seuls 30 m³ atteindraient les foyers.

Le reste se perd dans les fuites et un réseau vieillissant. Pour y remédier, les autorités promettent désormais des équipements de mesurage de haute précision pour traquer chaque perte. Une solution technique pertinente, mais qui ressemble à un nouveau départ, comme si les diagnostics précédents n’avaient jamais existé.

Sur le terrain, la réalité contraste avec les annonces

Dans plusieurs quartiers périphériques de Libreville, des habitants continuent de stocker l’eau de pluie, d’acheter des bidons ou d’attendre la livraison des opérateurs ouest-africains.

Pour ces familles, les grands projets ministériels restent abstraits. L’urgence, elle, est quotidienne.

Cette succession d’annonces crée une impression de navigation à vue. Réhabiliter 600 AEV, lancer Ntoum 7, installer des forages, moderniser les réseaux urbains.

Où est la priorité ? Où est le calendrier public ? Quel budget ? Et surtout, qui rend des comptes lorsque les délais ne sont pas respectés ?

À force d’empiler les promesses sans évaluation des précédentes, l’action publique se fragilise et la parole officielle perd en crédibilité.

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La Redaction

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