Gab’Oil : 6 milliards de FCFA de bénéfice ou l’art du mirage financier ?

DIG / Alors que l’Agence Gabonaise de Presse (AGP) relaie avec enthousiasme un résultat net positif de 6 milliards de FCFA pour l’exercice 2025, une analyse plus fine des chiffres publiés par le Groupement professionnel des pétroliers (GPP) et du climat interne de la société nationale de distribution de produits pétroliers révèle des contradictions flagrantes.

Le premier point de friction réside dans la chronologie des annonces. En sepetembre 2025, le Conseil d’Administration de Gab’Oil affichait un EBITDA négatif de -2 milliards de FCFA. Plus troublant encore, le 18 février 2026, ce même Conseil actait une perte sèche de -3 milliards de FCFA.

Pourtant, quelques jours plus tard, la communication publique annonce un bénéfice net de… +6 milliards de FCFA.

En l’espace de quelques semaines, Gab’Oil aurait donc réalisé un bond spectaculaire de 9 milliards de FCFA sans qu’aucune vente d’actifs majeure, recapitalisation ou restructuration d’envergure n’ait été officiellement notifiée.

En finance, un tel revirement sans explication opérationnelle concrète s’apparente davantage à de la magie qu’à de la gestion.

Le paradoxe de la trésorerie : l’illusion de l’autonomie

La direction de Gab’Oil se félicite d’un besoin en fonds de roulement (BFR) « désormais positif » et d’un financement de 42 % de ses investissements sur fonds propres, sans recours aux banques.

Ce qui est présenté comme une preuve de solidité cache une réalité potentiellement périlleuse :

-Un BFR positif signifie que l’entreprise paie ses fournisseurs avant d’encaisser ses clients, ce qui pèse lourdement sur la trésorerie disponible.

 -L’absence de concours bancaires, loin d’être un choix héroïque, pourrait traduire une incapacité de l’entreprise à rassurer les partenaires financiers classiques après des années de pertes.

 -La question demeure : si l’entreprise finance ses investissements seule tout en ayant un BFR gourmand en cash, d’où provient réellement la liquidité si le bénéfice n’est que purement comptable ?.

 Le décalage social : des bénéfices records, des salaires menacés

Le contraste le plus saisissant se situe au niveau humain. Tandis que le discours externe célèbre un « retour à la performance » et des « résultats exceptionnels », le climat social interne est décrit comme délétère.

Des discussions sur la réduction des salaires et un « discours de survie » sont tenus aux employés.

Comment justifier une demande de sacrifices financiers aux salariés si l’entreprise dégage réellement 6 milliards  de FCFA de bénéfices ?

Ce double langage nourrit une défiance légitime parmi les forces vives de la société.

L’absence de transparence : où sont les preuves ?

Pour une entreprise publique stratégique, une annonce de cette ampleur devrait s’accompagner de documents certifiés. À ce jour :

-Aucun état financier détaillé n’a été publié ;

-Le rapport du Commissaire aux Comptes reste invisible ;

-La mention d’un EBITDA supérieur au résultat net est jetée sans précision sur les amortissements, la fiscalité ou le poids de la dette.

Si le redressement de Gab’Oil est réel, il mérite d’être démontré par des chiffres cohérents et des explications transparentes.

Pour l’heure, entre les pertes actées en Conseil d’Administration et le triomphalisme médiatique, le doute persiste.

Gab’Oil est un acteur clé de l’énergie au Gabon.  Les citoyens et les employés ont droit à une vérité comptable, pas à une mise en scène publicitaire.

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La Redaction

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