DIG / Alors que les cours du pétrole restent sous la barre des 60 dollars le baril, le Gabon, comme plusieurs économies pétrolières d’Afrique centrale, fait face à une menace sourde mais réelle : la pression croissante sur ses réserves de change.
Dans une récente note d’analyse publiée par Bloomberg, Citigroup alerte sur les risques de dévaluation monétaire en Afrique en 2026, en particulier pour les pays fortement dépendants des exportations d’hydrocarbures.
Si le Gabon ne possède pas sa propre monnaie — il utilise le franc CFA, ancré à l’euro au sein de la zone CEMAC —, il n’en est pas moins vulnérable.
Comme le souligne David Cowan, économiste en chef de Citi pour l’Afrique, la faiblesse persistante des prix du pétrole réduit les recettes en devises, épuise les réserves de change et pousse les États à imposer des restrictions sur l’accès aux devises, créant ainsi des marchés parallèles et fragilisant la confiance dans l’économie.
« Dans la CEMAC, la pression sur la monnaie pourrait s’accumuler beaucoup plus vite », prévient l’analyse.
Le Gabon, dont le pétrole représente encore près de 40 % des recettes budgétaires et plus de 60 % des exportations, est particulièrement exposé.
Même si la parité du franc CFA reste officiellement stable, les tensions économiques internes — raréfaction des devises, retard dans les paiements des importateurs, hausse du coût de la vie — pourraient entamer la crédibilité du cadre monétaire commun.
Face à ce risque, les réformes engagées par le gouvernement — diversification économique, relance de l’agriculture, attractivité pour les investissements non pétroliers — prennent une urgence stratégique. Car dans une zone monétaire commune, la faiblesse d’un membre peut devenir celle de tous.
Le défi du Gabon en 2026 est donc double : accélérer la transition hors pétrole tout en préserver la stabilité financière régionale — car même sans dévaluation officielle, les effets d’un marché des changes tendu se feront cruellement sentir sur les entreprises et les ménages.



