DIG / C’est le paradoxe de l’année 2025 : alors que les bilans financiers des établissements de microfinance (EMF) affichent une robustesse inédite, la base de la clientèle traditionnelle, composée majoritairement de particuliers, s’effrite.
En effet, les chiffres de la Direction Générale de l’Économie et de la Politique Fiscale sont sans équivoque.
Sur le plan purement comptable, la microfinance gabonaise se porte à merveille.
Les dépôts collectés ont bondi de 35,8 % en glissement annuel, une performance remarquable qui témoigne de la confiance des acteurs économiques envers les 19 établissements agréés du pays (6 réseaux coopératifs et 13 sociétés anonymes).
Une croissance portée par les entreprises, pas par les ménages
Cette consolidation financière est également visible sur l’encours de crédit, qui a progressé de 8,5 %.
Cependant, cette hausse en valeur cache un changement de paradigme. La croissance est désormais tirée par le financement des PME et le dynamisme du secteur du BTP, soutenus par la commande publique et privée.
À l’inverse, l’accès au crédit pour les particuliers se resserre. On observe un recul marqué des crédits accordés aux ménages, signe que les EMF durcissent leurs conditions d’octroi face à une montée des risques d’impayés sur ce segment.
L’effet « Nettoyage » de la COBAC
L’érosion de la clientèle s’explique aussi par l’assainissement drastique imposé par le régulateur régional.
En 2024, la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) a procédé au retrait d’agrément de 70 établissements de microfinance dans la zone CEMAC.
Ce « nettoyage » nécessaire, bien que garant de la stabilité financière globale, a mécaniquement réduit le nombre de guichets disponibles et exclu une partie de la population du circuit formel.
En somme, la microfinance gabonaise devient plus riche, plus professionnelle, mais peut-être moins « micro » et sociale qu’à ses débuts.



