Plafonnement des salaires des Grands patrons : Oligui va t-il faire mieux qu’Ali Bongo  ?

DIG / Le vent de la Ve République souffle désormais sur les bulletins de paie des grands patrons du secteur public gabonais.

En décidant de plafonner les rémunérations et de supprimer les privilèges financiers jugés excessifs, le président Brice-Clotaire Oligui Nguema s’attaque à un tabou historique.

Cette mesure vise à instaurer une véritable discipline budgétaire au sein d’entités souvent critiquées pour leur gestion opaque.

Cependant, dans un pays où l’annonce politique prime parfois sur l’exécution, le spectre du « déjà-vu » plane sur cette réforme.

Le précédent de 2010 : Les chiffres de la discorde

L’initiative actuelle réveille les souvenirs de l’année 2010. À l’époque, Ali Bongo Ondimba avait tenté un coup de force similaire pour moraliser la vie publique.

Les plafonds de l’époque étaient clairs :

-Directeurs Généraux (DG) : Limités à 5 000 000 FCFA par mois.

-Présidents de Conseils d’Administration (PCA) : Fixés à 2 000 000 FCFA.

Malgré ces textes, la réalité a rapidement dérivé. Par le biais de primes exceptionnelles, de jetons de présence astronomiques et d’avantages en nature (logements de fonction luxueux, flottes de véhicules), les revenus réels ont continué de culminer bien au-delà des seuils légaux.

Cette déconnexion entre le droit et la pratique alimente aujourd’hui les interrogations :

Quels seront les nouveaux plafonds de 2026 ? Sans une grille tarifaire publique et transparente, le risque est de voir l’histoire se répéter.

Entre rigueur affichée et « mirage financier »

La question de la faisabilité est au cœur du débat. Certains observateurs s’interrogent : S’agit-il d’une révolution structurelle ou d’un énième effet d’annonce ?

Cette méfiance est nourrie par des polémiques récentes, notamment celle entourant les résultats de certaines entreprises publiques.

Pour que cette décision ne soit pas qu’un slogan, elle doit surmonter trois obstacles majeurs :

-Le contrôle indépendant : sans un audit systématique des avantages indirects, le salaire de base restera la face cachée de l’iceberg.

-La résistance des chiffres d’affaires : ces conseils d’administration, souvent composés de proches du pouvoir, sont les premiers garants de ces privilèges.

-La transparence : la publication des nouveaux barèmes est indispensable pour restaurer la confiance des citoyens.

Vers une gouvernance basée sur les preuves ?

Le Gabon se trouve à la croisée des chemins.

Si la volonté des autorités est de « restaurer la discipline budgétaire » et d’améliorer les processus de prise de décision basés sur des preuves, le plafonnement des salaires doit être le premier acte d’une refonte globale.

L’enjeu n’est pas seulement de réduire les chiffres. Mais de s’assurer que chaque franc investi dans une entreprise publique serve le développement national plutôt que le train de vie d’une élite.

 

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La Redaction

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