« Qu’est-ce que le Gabon gagne avec Facebook, TikTok, Google ? Rien, sinon une dégradation de l’image de l’État ! « 

DIG / Rencontré en marge de la première édition du PROCOM Forum organisé le 2 avril 2026 à l’hôtel de la Sablière, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Bihadjow, a accordé un entretien exclusif à Direct Info Gabon (DIG) et au journaliste indépendant Mikail Mavoungou.

Au cours de cet échange, il a exposé les grands axes de la politique du gouvernement en matière de souveraineté informationnelle, de régulation des réseaux sociaux et de financement des médias publics.

Entretien

Direct Infos Gabon : Monsieur le Ministre, quelle est l’ambition du gouvernement en matière de communication et de numérique ?

Germain Bihadjow : L’ambition est claire : parvenir à la souveraineté informationnelle et communicationnelle. Cela passe par l’acquisition d’infrastructures, mais aussi par la création d’un organe étatique souverain.

Le gouvernement travaille actuellement à la finalisation d’un Groupement d’Intérêt Public, le GIP, qui sera l’opérateur national chargé de garantir la présence de l’État dans le secteur du numérique et des télécommunications.

Aujourd’hui, nous dépendons entièrement des opérateurs privés Canal+, Airtel, Libertis et d’autres. Nous ne sommes pas maîtres de nos outils, et donc pas souverains.

DIG : Concrètement, comment l’État compte-t-il reprendre la main sur son signal ?

L’État a décidé d’investir massivement dans la Télévision Numérique Terrestre, la TNT. Nous ne maîtrisons pas notre signal actuel. Tout ce qui nous vient de l’extérieur nous échappe. Le Gabon accuse d’ailleurs plus de quinze ans de retard sur cette transition ce qui nous place parmi les rares pays dans cette situation.

Pour financer ce chantier, des budgets pluriannuels ont été programmés. En parallèle, nous explorons des financements extérieurs, notamment à travers un partenariat en cours avec une société sud-africaine spécialisée dans l’accompagnement des États dans ce domaine.

DIG : Qu’en est-il de la relation du Gabon avec les grandes plateformes numériques Facebook, TikTok, Google ?

C’est un débat de fond. Au fond, qu’est-ce que le Gabon gagne avec Facebook ? Avec TikTok ? Avec Google ? Rien, sinon une dégradation de l’image de l’État. Les revenus générés par les likes et les abonnements profitent à des individus, pas à l’État ni en redevances, ni en impôts.

D’autres pays, comme la France, le Canada ou l’Australie, ont su activer des mécanismes qui leur permettent de tirer des centaines de millions de dollars de ces plateformes. Nous devons faire de même.

C’est pourquoi le gouvernement élabore un cahier de charges national pour négocier directement avec ces GAFAM. Un forum national sur les réseaux sociaux est également prévu, pour réunir les acteurs du secteur, la société civile et les nouvelles intelligences autour de ces enjeux.

DIG : Les médias publics gabonais sont souvent perçus comme trop dépendants des subventions de l’État. Qu’en pensez-vous ?

Les médias publics assurent un service public, au même titre que les hôpitaux ou les universités. La subvention est donc normale. Mais elle ne peut pas être l’unique source de revenus.

Ces médias doivent développer des modèles économiques innovants: la publicité, les reportages, les ressources propres. Gabon Première en est un exemple : l’établissement est passé du statut d’EPA à celui d’EPIC, établissement public à caractère industriel et commercial, précisément pour qu’il puisse générer ses propres recettes.

C’est d’ailleurs l’appel du chef de l’État lors de la présentation des vœux à la presse : que les acteurs des médias s’organisent pour s’autofinancer, comme cela se pratique dans toutes les grandes démocraties.

DIG : Un mot sur l’accès à l’information, qui reste un point de friction entre les journalistes et les institutions ?

C’est un chantier en cours. Un projet de loi sur l’accès à l’information est pratiquement finalisé. Il sera soumis au Conseil des ministres, puis transmis au Parlement pour examen et adoption.

C’est une instruction directe du chef de l’État. Ce texte viendra consacrer l’obligation légale pour toute institution publique de communiquer l’information aux médias et aux citoyens.

L’opacité n’a plus sa place. Le FMI lui-même nous exige de la transparence. L’exécution du budget, les grands agrégats économiques tout cela doit être accessible. Ce n’est pas négociable.

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La Redaction

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