Thierry Minko : Un profil plus docile pour plaire aux bailleurs de fonds ?

DIG / Le départ d’Henri-Claude Oyima du gouvernement, après avoir défendu bec et ongles devant le parlement le projet de loi de finances 2026, a provoqué une onde de choc dans l’opinion nationale.

En effet, sa nomination, le 14 novembre 2025, en qualité de Vice-président du gouvernement par intérim ne présageait pas une chute aussi brutale et improbable.

Comment expliquer que l’architecte du budget — celui-là même qui en a défini la rigueur et négocié les équilibres avec les bailleurs de fonds — quitte l’exécutif à l’aube de sa mise en œuvre ?

Dans une phase où le Gabon s’efforce de restaurer la confiance des marchés internationaux, la figure d’Henri-Claude Oyima, banquier de stature continentale et PDG du groupe BGFIBank, faisait office de caution.

Sa crédibilité était perçue, par tout le monde, comme un levier majeur pour stabiliser les finances publiques et attirer les investissements directs étrangers.

« Sa présence rassurait les marchés, les opérateurs économiques et les potentiels investisseurs extérieurs. Son départ précoce est un échec de management et un très mauvais signal », a fustigé l’acteur politique Jean Valentin Leyama dans une réaction publiée le 4 janvier 2026.

Nouveau ministre, nouveau cap ?

Pour beaucoup, cette éviction ne répond pas à une logique de continuité technique, mais semble traduire une rupture stratégique d’ordre politique.

L’intransigeance de l’ex-ministre d’Etat sur la vision de développement du pays tranchait diamétralement, indique t-on, avec certains bailleurs de fonds, notamment la Banque mondiale et le FMI.

En effet, pour Henri-Claude Oyima, les multiples aides extérieures et autres programmes de soutien budgétaire n’ont jamais réussi à faire décoller économiquement un pays et assurer une croissance pérenne.

Une ligne de conduite qui n’a pas manqué de créer des points de friction avec les partenaires financiers du pays.

« Aucun pays ne s’est développé grâce à un programme du FMI », avait-il déjà lâché en 2021, lors d’un entretien accordé à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Un discours de vérité qu’il se plaisait, dit-on, à répéter à ses interlocuteurs et qu’il a tenu à mentionner dans son discours de départ.

« Les aides peuvent accompagner, les conseils peuvent orienter. Mais aucun village ne traverse la rivière en attendant que d’autres construisent son pont.

Un pays, c’est la même chose. Il ne se construit pas dans l’attente. C’est cette conviction que je continuerai à défendre » a-t-il insisté.

Son successeur, Thierry Minko, va-t-il s’aligner sur la même trajectoire ? Rien n’est moins sûr.

Va-t-il maintenir le même cadrage macro-économique de son prédécesseur avec un taux de croissance escompté à 6,5 % en 2026 ou va-t-il accepter docilement les prévisions des grandes institutions financières internationales qui tablent sur 2,7% ?

Va t-il se conformer aux exigences du FMI pour espérer décrocher un nouveau programme d’appui budgétaire ?

A l’inverse d’un Henri-Claude Oyima plus incisif et direct, l’ancien directeur général de la Dette et ancien cadre du FMI à Washington est présenté comme plus conciliant avec un profil « politiquement correct ».

« La République se construit dans la continuité de l’action, et non dans la rupture », a comme prévénu Henri-Claude Oyima à l’endroit de la nouvelle équipe.

A bon entendeur…

 

 

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La Redaction

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