Par Ike NGOUONI AILA OYOUOMI *
Président d’AÏLA, Cabinet de conseil stratégique
Bilan, angles morts et leçons pour 2026
« 2025 n’a pas été une année de croissance spectaculaire pour le Gabon.
Elle a été plus exigeante : celle où l’économie a cessé d’être un discours pour redevenir une contrainte.
Dette, fiscalité, trésorerie, acceptabilité sociale : le pays a découvert que la stabilité ne se proclame pas, elle se démontre.
Sans choc majeur, sans effondrement spectaculaire, l’année 2025 a pourtant marqué un tournant silencieux. Elle a mis fin à une forme de confort rhétorique et rappelé une réalité simple : une économie ne se juge pas seulement à ses intentions, mais à sa capacité à tenir dans la durée.
Au cœur de cette année charnière, une question a traversé l’ensemble des décisions économiques, souvent sans être formulée explicitement : la confiance.
Une croissance réelle, mais encore fragile
Sur le plan macroéconomique, la croissance est restée modérée, autour de 3 %, portée essentiellement par l’investissement public et quelques secteurs moteurs. Le secteur hors pétrole a montré des signes de dynamisme, mais sans transformation structurelle profonde du modèle productif. La création d’emplois, notamment pour les jeunes, demeure insuffisante.
Ce décalage persistant entre indicateurs macroéconomiques et vécu des ménages constitue l’un des enseignements majeurs de 2025. Une croissance qui ne se traduit pas concrètement dans le quotidien reste abstraite. Et une économie abstraite nourrit mécaniquement la défiance.
Dette et trésorerie : le vrai nerf de la crédibilité
L’un des faits structurants de l’année a été la remise au centre du débat de la dette intérieure et de la trésorerie de l’État.
Un État peut afficher des ratios soutenables tout en fragilisant son économie réelle s’il accumule des retards de paiement. Les arriérés asphyxient les PME, freinent l’investissement privé et affaiblissent la confiance dans la parole publique.
En 2025, la crédibilité financière n’a plus été perçue uniquement comme une capacité à lever des fonds, mais comme une capacité à honorer ses engagements.
C’est un changement de regard profond, partagé bien au-delà des cercles d’experts, et révélateur d’une maturité nouvelle du débat économique.
Fiscalité : quand la technique devient politique
L’année 2025 a également marqué un basculement symbolique : la fiscalité est sortie du champ technique pour devenir un sujet citoyen.
Taxes sur l’électricité, contribution d’habitation, prélèvements environnementaux : derrière chaque mesure, une interrogation est revenue avec insistance : à quoi sert l’effort demandé ?
Le problème n’est pas l’impôt en soi.
Le problème est l’absence de lisibilité sur son usage.
Lorsque la contribution n’est pas reliée à un service identifiable ou à une amélioration tangible, elle est perçue comme une contrainte subie plutôt que comme un effort partagé. L’acceptabilité sociale des réformes se joue désormais sur ce terrain.
Transparence et digitalisation : moderniser ne suffit plus
2025 a été marquée par une accélération de la modernisation administrative : digitalisation des procédures, facturation électronique, amélioration de la traçabilité des recettes et des dépenses. Ces évolutions sont nécessaires et vont dans le bon sens.
Mais l’année a aussi mis en lumière une limite essentielle : digitaliser l’opacité ne crée pas la confiance.
La transparence n’est pas une question d’outils, mais de méthode. Les citoyens attendent que les flux financiers, les choix budgétaires et les résultats de l’action publique soient visibles, compréhensibles et discutables. Recettes collectées, dépenses exécutées, dettes réglées, projets financés : rendre ces informations accessibles et intelligibles est devenu un impératif économique autant que démocratique.
En 2025, le besoin de pédagogie publique s’est imposé avec autant de force que la réforme technique elle-même.
Quelle politique économique mène réellement le Gabon ?
La question mérite d’être posée clairement. Contrairement à certaines lectures rapides, la politique économique gabonaise actuelle n’est ni keynésienne, ni libérale au sens doctrinal.
Elle ne relève pas d’un keynésianisme assumé : il n’y a ni relance massive par la demande, ni déficit volontairement expansionniste. Elle n’est pas non plus libérale : la fiscalité s’élargit, l’État reste central, interventionniste et structurant.
La réalité est plus nuancée. Le Gabon mène aujourd’hui une politique de stabilisation et de crédibilisation sous contrainte. Une politique guidée par quatre logiques principales : la restauration de la discipline budgétaire, la maîtrise de la trésorerie, la modernisation des outils de gestion et l’utilisation de la fiscalité comme variable d’ajustement.
Cette approche est compréhensible dans un contexte de marges réduites. Mais elle souffre d’un angle mort majeur : l’absence d’une doctrine économique explicitée et partagée. Il existe des mesures. Il existe une direction. Il manque encore un récit économique lisible pour les citoyens comme pour les acteurs productifs.
Attractivité économique : une question de crédibilité plus que d’incitations
L’année 2025 a également permis de dissiper un malentendu persistant : l’attractivité économique ne se résume pas à des incitations fiscales ou à des annonces d’investissements.
Elle repose sur trois piliers simples : la prévisibilité des règles, la crédibilité des engagements et la capacité d’exécution. Le Gabon n’est pas disqualifié financièrement. Mais la perception d’une pression fiscale croissante, combinée à une lisibilité réglementaire encore insuffisante, incite à la prudence. La confiance se construit moins par l’exception que par la stabilité.
Les leçons pour 2026
L’enseignement central de 2025 est clair : le pays n’a pas seulement besoin de réformes, il a besoin d’un contrat économique lisible.
Pour 2026, trois priorités s’imposent :
- Rendre la dépense publique intelligible, en reliant chaque effort demandé à des résultats observables.
- Stabiliser les règles du jeu, car la confiance naît de la prévisibilité.
- Conjuguer rigueur budgétaire et dignité sociale, afin que la stabilité des comptes améliore aussi la stabilité des vies.
Conclusion
2025 n’a pas été une année facile.
Mais elle a été une année utile.
Elle a rappelé que la souveraineté économique ne se proclame pas, elle se crédibilise.
Elle a montré que la confiance est devenue la ressource la plus rare — et la plus stratégique.
2026 ne sera pas plus simple.
Mais elle peut être mieux pilotée.
À condition d’avoir compris la leçon essentielle de 2025 : un État peut équilibrer ses comptes, mais il ne progresse durablement que s’il rééquilibre la relation de confiance avec sa société ».



