« 10 000 à 20 000 emplois dans la couture » : La promesse sans feuille de route de Zenaba Gninga Chaning

DIG / La déclaration de Zenaba Gninga Chaning, ministre des PME, PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, a de quoi faire sourire autant qu’elle interpelle.

Annoncer que le port obligatoire de la tenue africaine chaque vendredi pourrait générer entre 10 000 et 20 000 emplois, c’est confondre un geste culturel avec une politique industrielle.

L’intention est louable, valoriser le tissu local, littéralement et figurativement, mais la projection chiffrée, livrée sans aucune étude d’impact, sans base méthodologique visible, ressemble davantage à un effet d’annonce destiné à meubler un conseil des ministres qu’à une feuille de route sérieuse pour le secteur de la couture.

Former avant d’employer : l’implacable logique du bon sens

Le problème fondamental est celui de la séquence. On ne crée pas des emplois dans un secteur en décrétant la demande ; on les crée en structurant l’offre.

Combien de tailleurs professionnels exercent aujourd’hui dans l’Estuaire, au Haut-Ogooué, dans la Ngounié ? Le ministère est-il en mesure de fournir un recensement, même approximatif ?

Combien d’écoles de couture (publiques ou privées) forment des jeunes Gabonais à ce métier sur l’ensemble du territoire ?

Sans réponse à ces questions élémentaires, le chiffre de 10 000 à 20 000 emplois flotte dans le vide. Une politique d’emploi sectorielle commence par un diagnostic, pas par une injonction vestimentaire.

Les artisans gabonais, grands oubliés d’hier, faire-valoir d’aujourd’hui

Il y a également une question d’équité et de crédibilité préalable. Avant de mobiliser les Gabonais comme débouchés commerciaux pour les tailleurs locaux, le gouvernement avait-il seulement pris la peine de les valoriser ?

A-t-il cartographié leurs ateliers, communiqué leurs adresses au grand public, facilité leur accès au crédit, réduit leurs charges fiscales ou sécurisé leurs locaux ?

La reconnaissance institutionnelle ne peut pas arriver uniquement le jour où l’on a besoin d’eux pour illustrer une promesse électorale.

Les artisans de la couture méritent mieux qu’un rôle de faire-valoir dans un discours ministériel.

Le symbole ne suffit pas : pour une vraie chaîne de valeur textile

L’idée d’un vendredi en tenue africaine n’est pas mauvaise en soi, plusieurs pays du continent l’ont adoptée avec un certain succès symbolique.

Mais le symbole ne vaut que s’il est adossé à une chaîne de valeur réelle : formation professionnelle, accès aux matières premières locales, protection contre les importations de fripes, et accompagnement des petites unités de production.

Sans ce socle, la ministre aura réussi à habiller le Gabon le vendredi, sans pour autant avoir habillé le problème du chômage des jeunes le reste de la semaine.

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La Redaction

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