DIG / Le Vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a présidé dernièrement une réunion d’urgence consacrée à la cybersécurité, révélant un chiffre qui donne la mesure de la menace : plus de 900 000 alertes d’intrusion enregistrées en 60 jours, dont certaines qualifiées de « niveau très critique ».
Employant une rhétorique martiale « nous sommes en guerre », le Vice-président du gouvernement a cité deux cas concrets survenus récemment : les cyberattaques ayant visé la SEEG et, quelques jours plus tard, le Conseil Gabonais des Chargeurs.
Ces deux structures, l’une gestionnaire d’une infrastructure essentielle, l’autre actrice du commerce extérieur, illustrent la diversité des cibles touchées par ces attaques par rançongiciel, vol de données ou vol d’identifiants.
L’ANINF a-t-elle laissé expirer ses licences de protection ?
Selon certaines sources, cette déferlante d’intrusions ne serait pas seulement le fruit d’une menace mondiale grandissante, mais aussi, en partie, la conséquence d’un défaut de renouvellement de certaines licences et abonnements des équipements de sécurité gérés par l’ANINF, elle-même, l’agence pourtant chargée de sécuriser les systèmes d’information de l’administration gabonaise.
Comment expliquer qu’une agence dont la feuille de route 2024-2026 fait de « l’institutionnalisation de la cybersécurité » l’un de ses trois axes stratégiques prioritaires ait pu, si cette hypothèse se confirmait, laisser ses propres dispositifs de protection tomber en désuétude ?
Ni l’ANINF ni le gouvernement n’ont pour l’instant confirmé ou infirmé cette information.
Un changement de ton, mais des questions qui persistent
Le discours du VPG Immongault tranche avec le communiqué prudent et généraliste diffusé la veille par le ministre de l’Économie Numérique.
Alors que ce dernier évoquait une menace mondiale sans mentionner de cas précis, Hermann Immongault assume cette fois une communication de crise, avec des chiffres et des victimes nommées.
Mais ce changement de registre soulève une question : cette transparence soudaine viserait-elle à anticiper une révélation gênante sur d’éventuelles carences internes de l’ANINF, plutôt qu’à informer spontanément l’opinion ?
Le communiqué ne précise ni l’ampleur des dégâts subis par la SEEG et le Conseil Gabonais des Chargeurs, ni si des données ont effectivement été compromises.
De la parole aux actes : qui doit rendre des comptes ?
Le gouvernement affirme vouloir désormais « prévenir, riposter et protéger », mais aucun plan d’action chiffré, aucun calendrier ni aucune indication sur les moyens mobilisés n’ont filtré à l’issue de la réunion d’urgence.
Si l’hypothèse d’un défaut de licences venait à se confirmer, la question ne serait plus seulement celle des moyens à renforcer, mais celle de savoir qui, au sein de l’ANINF, devrait répondre de cette éventuelle négligence et si le gouvernement entend faire toute la lumière sur ce point avant d’annoncer de nouvelles mesures.



