De 90 millions de tonnes annoncées à 6 millions vendues : Où va l’argent du crédit carbone gabonais ?

DIG / Le 3 novembre 2026, la Présidence de la République a annoncé la signature des premiers accords de commercialisation de crédits carbone juridictionnels avec la SEFE, une entreprise énergétique allemande pour environ 6 millions de tonnes éligibles au mécanisme CORSIA.

L’annonce est symbolique, mais elle intervient après de longues promesses : dès 2022, le Gabon voulait créer 187 millions de crédits, dont 90 millions devaient être vendus autour de la COP27.

En 2023, ces 90 millions de tonnes étaient présentés comme valant plus de 1,2 milliard de dollars.

Six millions de tonnes représentent donc moins de 7 % du volume annoncé, et environ 3 % des 187 millions certifiés.

Quelle valeur pour ces 6 millions de tonnes ?

Le communiqué ne mentionne aucun prix.

À titre d’illustration, la Norvège avait rémunéré les tonnes de 2016-2017 sur la base de 5 dollars la tonne : à ce tarif, 6 millions de tonnes représenteraient environ 30 millions de dollars.

Les 1,2 milliard annoncés pour 90 millions de tonnes supposaient, eux, un prix proche de 13 dollars.

Quel prix a réellement été obtenu, et à quel écart des attentes ?

Ce qu’est devenu l’argent déjà reçu

La principale recette connue reste celle de 2021 : 17 millions de dollars versés par la Norvège via la CAFI, premier paiement d’un accord de 150 millions sur dix ans.

Il devait financer des activités réduisant davantage les émissions, comme l’optimisation de l’utilisation des terres.

Quant à la vente actuelle, le communiqué indique que les initiatives étaient longtemps dispersées, sans cadre institutionnel clair, ce qui explique en partie ce retard, de l’aveu même du ministère de l’Environnement en 2025.

Des recettes cantonnées : jusqu’à quand ?

Les revenus de l’État resteront cantonnés jusqu’à l’entrée en vigueur du cadre réglementaire, qui prévoit un partage avec les communautés.

Où seront-ils déposés, et qui en assurera le contrôle : l’AGDEV, le FGIS ou le Trésor ?

Le calendrier d’adoption du cadre n’est pas précisé, alors que les premières livraisons sont attendues au plus tard au premier trimestre 2027.

Les chiffres à rendre publics

Pour que cette première vente ne reste pas une simple annonce, trois données sont attendues : le prix par tonne, le montant total encaissé et la clé de répartition entre État et les communautés.

Comme le soulignait Infos Gabon en août 2026, il manque encore une chaîne complète de confiance, de la mesure du carbone jusqu’au partage des revenus.

C’est à cette condition que le Gabon pourra répondre clairement à la question : où va l’argent du carbone ?

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La Redaction

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