DIG / Alors que Libreville s’apprête à renégocier son accord de pêche avec l’Union européenne, le bilan de l’ancien protocole met en lumière les défaillances de l’administration gabonaise.
Entre fonds européens non consommés, quotas inexploités et emplois sacrifiés, les chiffres de ce partenariat dressent un constat amer.
En dénonçant en 2025 son accord de pêche avec l’Union européenne (UE), expiré le 28 juin 2026, Libreville espérait rebattre les cartes en sa faveur.
Depuis le 18 septembre 2026, la voie est officiellement libre pour ouvrir de nouvelles négociations.
Mais derrière l’ambition politique d’obtenir un accord plus lucratif, le bilan chiffré de l’ancien protocole révèle que le Gabon n’a même pas été capable d’exploiter ce qui lui était déjà offert.
Seulement 20 % de l’aide européenne consommée
Le premier aveu d’échec est financier. Pour aider le pays à développer sa filière locale, l’accord prévoyait une enveloppe d’appui sectoriel de 5 millions d’euros (3,2 milliards de FCFA) sur cinq ans, versée par Bruxelles.
Pourtant, à l’heure du bilan, seulement 2 millions d’euros ( 1,3 milliard de FCFA) ont été effectivement transférés à Libreville, soit à peine deux tranches sur cinq.
Pire encore, l’évaluation européenne indique que seulement 20 % de ce budget pluriannuel a été réellement consommé par l’administration gabonaise.
Après près de 4 années de mise en œuvre, les infrastructures censées structurer le secteur restent inachevées.
L’argent était sur la table, mais la machine étatique n’a pas su l’absorber, se contentant d’indicateurs de performance bureaucratiques sans réel impact économique mesurable.
L’énigme des « zéro marin » embarqué
Sur le front de l’emploi, le gâchis est tout aussi spectaculaire. Le protocole imposait aux navires européens l’embarquement de marins gabonais qualifiés, sous peine de devoir verser une compensation financière à l’État.
Le résultat ? Aucun marin gabonais n’a été embauché. Et pour cause, l’administration locale n’a jamais été en mesure de fournir la moindre liste de marins répondant aux critères requis aux armateurs européens.
Faute de candidats officiellement présentés, les navires étrangers n’ont eu ni à recruter localement, ni à payer la moindre pénalité.
Une richesse qui s’évapore : 23 % contre 47 %
Sur l’eau, le décalage entre la théorie et la pratique est tout aussi flagrant. Alors que l’accord tablait sur un volume de référence de 32 000 tonnes, les navires européens n’ont capturé en moyenne que 10 604 tonnes par an entre 2022 et 2024.
Le Gabon a vendu des droits d’accès pour une flotte fantôme. Seules 14 des 27 autorisations pour les thoniers senneurs ont été utilisées.
Ce manque d’attractivité se paie cash sur terre. Bien que le protocole exigeait que 30 % des captures soient transbordées dans les ports gabonais, les armateurs ont préféré les infrastructures de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal.
De fait, le Gabon n’a capté que 23 % de la valeur ajoutée générée par cet accord, laissant 47 % de cette richesse filer chez ses voisins africains.
Alors que l’équipe de négociation gabonaise doit se constituer pour affronter Bruxelles dans les prochaines semaines, les chiffres sont têtus.
Avant de réclamer une part du gâteau plus importante, Libreville devra prouver qu’elle a désormais les moyens de la digérer.



