Analyse / Pourquoi le PIB de la France est supérieur au PIB de tout le continent africain ?

Par Georges Ateme MBA-NDONG

Économiste*

Esquisse d’explication de l’écart du PIB entre la France et l’Afrique: Le recours au trois angles du PIB

Introduction:

Selon les statistiques de la Banque Mondiale en 2024, le Produit Intérieur Brut, en abrégé PIB, de la France est effectivement supérieur au PIB de tout le continent africain. Au premier regard, ce constat paraît incroyable, mais avec les arguments cela peut s’expliquer.

En effet, le PIB de la France est évalué en 2024 à:

– 3,6 billions de dollars américains, soit 2,9 billions d’euros (France);

– 2,6 billions de dollars américains, soit 2,4 billions d’euros (pour toute l’Afrique).

Bien plus, en ramenant cela à l’indicateur du PIB par habitant, le constat est le même:

– PIB par habitant de la France: 43.350 euros, soit près de 50,000 dollars américains en 2024:

– PIB par habitant de toute l’Afrique: 2.000 dollars américains en moyenne en 2024.

L’indicateur PIB/habitant pour la France est toujours au-dessus de l’indicateur PIB/habitant de tout le continent africain. Ce qui ne paraît pas surprenant cette fois-ci, en raison du poids démographique plus allégé pour la France, c’est-à-dire avec une population de 68,7 millions d’habitants en 2024, contre une population du continent africain de 1,57 milliards d’habitants en la même année.

En tant qu’Économiste, nous essayerons, tout de même, d’analyser un tel écart entre le PIB de la France, un pays, de surcroît septième puissance économique mondiale, et le PIB de tout le continent africain.

Au préalable, vérifions si au niveau de l’indicateur du Produit National Brut (PNB) de la France est également supérieur au PNB de tout le continent africain.

Par définition, le PNB d’un pays est la richesse produite par les Nationaux de ce pays, c’est-à-dire la valeur des biens et des services produits par les Nationaux dans le territoire national.

Pour la France, le PNB est estimé à environ 2.856 milliards de dollars en 2024. En ce qui concerne le continent africain, le PNB est plus difficile à estimer, mais voici quelques chiffres clés pour le PNB pour quelques pays du continent africain en 2024:

– Égypte: 1.204 milliards de dollars;

– Nigeria: 1.121 milliards de dollars;

– Afrique du Sud: 767,2 milliards de dollars;

– Algérie: 630 milliards de dollars;

– Maroc: 298,6 milliards de dollars.

Rien que ces cinq pays africains, leur PNB est largement supérieur au PNB de la France. Or, le continent africain regroupe 54 États. Par conséquent, le PNB de 54 États africains est très élevé, comparativement au PNB de la France.

Ces quelques chiffres du PNB mettent en évidence que la richesse produite par les Français sur le territoire français est très largement inférieure au PNB du continent africain. Donc, à travers le PNB, les français produisent peu par rapport aux africains, en ce sens que le PIB de la France est la richesse produite par les résidents, c’est-à-dire les Nationaux français et tous les ressortissants étrangers installés sur le territoire français, contrairement au PNB français produit uniquement par les Français. Par conséquent, la richesse produite par le PIB en France émane également des autres agents économiques résidents en France, et non des seuls français de France. C’est une première esquisse de piste pour expliquer l’écart entre le PIB de la France et celui du continent africain.

Revenant à cet écart du PIB entre la France et celui du continent africain.

Pour ce faire, nous aurons recours aux travaux de la théorie économique.

Selon la théorie économique, il existe trois (3) manières ou angles pour déterminer le PIB d’un pays:

– sous l’angle de la dépense;

– sous l’angle de la production;

– sous l’angle des revenus.

Ces trois angles d’analyse du PIB aboutissent au même résultat: la même valeur du PIB, quelque soit l’angle sous lequel l’analyse est menée.

En raison de l’échantillon minimal requis par les modèles économétriques (Échantillon de 30 données annuelles), nous ne pourrions pas utiliser les modèles économétriques de corrélation (Modèle de corrélation de Pearson, Modèle de corrélation de Spearman,  Modèle Vector Auto Regression ou Modèle VAR, Modèle Vector Error Correction Model ou encore Modèle VECM, Modèle Autoregressive Integrated Moving Average ou Modèle encore Modèle ARIMA, lesquels modèles s’y prêtent parfaitement. Ni même les modèles économétriques de causalité, en particulier, le modèle de causalité de Granger,  le modèle Vector Auto Regression (VAR) de causalité, Modèle de causalité structurelle et le Modèle de causalité Do-Calculus, lesquels s’y prêtent également, ainsi que le Modèle de covariance du PIB, c’est-à-dire la Cov(PIB France; PIB de l’Afrique).

Ces trois familles de modèles économetriques (modèles de corrélation, modèles de causalité, modèles de Cov (X:Y), où la Cov(PIB de la France; PIB de l’Afrique ) = 0) peuvent être indépendants. Ce qui n’est intuitivement pas le cas, car il est très certain, que le PIB de la France et le PIB de l’Afrique sont liés.

Autre cas, les PIB de la France et de l’Afrique peuvent être corrélés négativement en ce sens que les deux  PIB  évoluent dans le sens contraire. Ou encore, les PIB de la France et de l’Afrique sont corrélés positivement en ce sens que le PIB de la France et celui de l’Afrique évoluent dans le même sens.

Ces trois modèles économetriques auraient permis d’expliquer que le PIB de l’Afrique est corrélé au PIB de la France, ou que l’évolution du PIB de la France est causée par l’évolution du PIB de l’Afrique. Le recours aux modèles ci-dessus sont donc éliminés.

Par contre, nous utiliserons les équations macroéconomiques de Compatibilité Publique,  pour affirmer ou non, si le PIB de la France est déterminé ou expliqué par le PIB de l’Afrique ?

La période d’étude sera l’année 2024, en raison des données plus récentes.

Development du sujet:

 

  1. I) Le PIB sous l’angle de la dépense

 

En prenant le modèle macroéconomiques de John Menard KEYNES, Éminent Économiste Anglais, décédé en 1946 avant la création des prix Nobel d’Économie en 1969, on a:

 

Y – M = C + I + X  (Équation 1);

avec:

Y = PIB = la Production d’un pays;

C = la Consommation totale d’un pays, c’est-à-dire, la Consommation Privée (Cprivée) d’u pays, et la Consommation Publique  (Cpublique);

I = l’Investissement total d’un pays, c’est-à-dire l’Investissement Privé d’un pays (I privé) et l’investissement public (I public) du pays;

X = les Exportations d’un pays;

et M = les Importaions d’un pays.

 

En remodelant l’équation (1) ci-dessus, on a:

 

Y = PIB = C privée + C publique + I privé + I publique + X – M  (Équation 2);

 

En regroupant, d’une part les actions du secteur privé et les actions du secteur public, et d’autre part, par le modèle de consommation de Keynes C = aY + Co, tant pour le secteur privé que le secteur public dans l’équation (2), nous obtenons l’équation (3) suivante:

 

PIB = {(aY + Co) + I}Secteur privé  +  {(aY + Co) + I}Secteur public + (X – M)    (Équation 3) avec :

Y = C + S,   (Équation 4)

 

C: La consommation des biens et des services des ménages;

et S: l’épargne des ménages auprès des banques. Notons que la thésaurisation ne prévaut tant  en France qu’en Afrique.

 

En analysant les différentes composantes de l’équation (3)  ci-dessus, le PIB d’un pays est composée de trois composantes:

 

– la fonction de consommation et de l’investissement du secteur privé non étatique d’un pays;

 

– la fonction de consommation publique et de l’investissement public d’un pays:

 

– les Exportations et les Importations d’un pays.

C’est sur cette base que nous mènerons une analyse économique pour expliquer que le PIB de la France et celui de l’Afrique soit aussi différente. Autrement dit, qu’en est-il de chacune de ces composantes de l’équation (3) pour la France et pour l’Afrique ?

Analyse et explications:

En France et sur le continent africain, le PIB sous l’angle de la dépense, matérialisée par l’équation 3 ci-dessus, appelle l’analyse suivante.

S’agissant du secteur privé non étatique, trois facteurs seront explorés.

 

I.1) Le facteur lié à la consommation et à l’investissement des acteurs privés non étatiques (Hypothèse 1)

 

À travers cette hypothèse, nous analyserons si la consommation et l’investissement du secteur privé, sont un facteur explicatif de l’écart du PIB entre la France et l’Afrique.

 

En effet, en ce qui concerne la consommation en France et en Afrique, en 2024, la consommation présente des niveaux et des poids sensiblement différents.

 

En France, en 2024, bien que ne disposant pas de données fiables sur la dépense de consommation finale du secteur privé non étatique, cette dernière semble, de façon intuitif, être plus faible qu’un Afrique, en raison, d’une part du poids démographique favorable à l’Afrique et d’autre part, les pays comme d’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte, le Maroc et d’autres puissances économiques africaines.

 

Bien que le continent africain ne dispose pas d’une consommation incompresible (Co) comparativement en France avec les aides sociales et du Revenu de Solidarité Active (RSA), la consommation incompressible en Afrique est de tout de même relativement élevée, en raison de la solidarité familiale qui prévaut en Afrique, comparativement en France qui est constituée d’un société égoïste, mais dans laquelle l’État français joue pleinement son rôle en matière d’aides sociales.

 

Il en va de même pour la propension marginale à consommer (a). Le niveau et le poids de  onsommation sur le continent africain semble, nous le croyons, sont plus élevés qu’en France. Cette intuition est quasi une certitude non établie par des statistiques. Donc, le facteur de consommation finale des acteurs économiques privés non étatiques n’est pas un facteur explicatif de la différence entre le PIB de la France et du PIB du continent africain. Par conséquent, l’hypothèse 1 est à rejeter dans sa composante de consommation finale, sous réserve des tests économetrique.

 

Il en va de même pour l’investissement des acteurs privés non étatiques. Même raisonnement, même conclusion, a savoir que le secteur privé non étatique. C’est pas du tout cohérent que la France disposant des manages (68 millions de personnes) et des nombre limite d’entreprises à des Petites, Moyennes et Grandes Entreprises et Industries en matière de dépenses d’investissement par rapport aux pays émergents africains, tels que l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et d’autres pays africains, ait un léger niveau d’investissement  ralatiivement à l’ensemble du continent africain. La consommation et l’investissement du secteur privé non étatique ne sont, en aucune manière, être les facteurs explicatifs du léger écart entre le PIB de la France et celui du continent africain. L’hypothèse 1 est également à rejeter dans sa composante d’investissement, sous réserve de tests économetriques.

 

I.2) Le facteur lié à la consommation et à l’investissement du secteur public (Hypothèse 2)

 

Sur ce point, nous serons plus réservés.

 

En effet, la plupart du secteur public des pays africains sont dans un délabrement total, à une ou deux exception(s) près, l’Afrique du Sud et l’Égypte.

 

En analysant le poids des dépenses publiques dans le PIB, indicateur de référence pour appréhender le poids du secteur public dans le PIB, en 2024, les dépenses publiques de la France se situaient autour de 58% du PIB français, alors que ce même poids en Afrique, se situait en moyenne à 30% du PIB africain.

 

Une raison peut expliquer ce constat: le secteur public dans la plupart des pays africains est en état de délabrement, ou n’est pas répertorié convenablement et à jour sur les statistiques. Est-ce pour autant que nous pourrions déduire que c’est un facteur explicatif de l’écart entre le PIB de la France et du PIB du continent africain ? Nous ne pourrions, hâtivement tirer de conclusion. Quoi qu’il en soit, l’hypothèse 2 et demeure ouverte aux discussions.

 

I.3) Le facteur explicatif lié à la balance des paiements (Hypothèse  3)

 

Sous cet angle, la balance des paiements (balance commerciale, balance des services, balance des revenus primaires, balance des revenus secondaires) exportations serait-elle le facteur explicatif de l’écart entre le PIB de la France et celui de l’Afrique ? Quoi qu’il en soit, la théorie économique nous enseigne que la balance des paiements doit être toujours nulle. Toutefois, elle admet une marge de plus ou moins de 5% de la valeur totale des différentes sous-balances précédentes évoquées ci-dessus.

Examinons les sous-balances.

En ce qui concerne la balance commerciale de la France vis-à-vis du continent africain (c’est la même chose de la balance commerciale du continent africain vis-à-vis de la France), en 2024, les statistiques de la Banque de France , bien que nous ne pourrions exactement pas nous en contenter, car il faut en principe avoir des statistiques-miroirs afin d’enlever tout doute en la matière, nous conduisent à l’analyse suivante.

 

D’après la Banque de France, la balance commerciale a affichée un déficit de 2,5 milliards d’euros avec le continent africain, car en 2024, les données ne sont pas disponibles.

 

En effet, les échanges commerciaux de la France vis-à-vis de l’Afrique ont atteint 11 miliards d’euros d’exportations et 13,5 milliards d’euros d’importations..

 

Les principaux partenaires commerciaux de la France en Afrique ont été le Nigeria (5 milliards d’euros), l’Afrique du Sud (3,3 milliards d’euros), la Côte d’Ivoire (2,4 milliards d’euros), l’Angola (2 milliards d’euros), et le Cameroun (1,5 milliards d’euros).

 

Les produits importés par la France en provenance de l’Afrique ont été les hydrocarbures (7,6 milliards d’euros), les produits agricoles (1,7 milliard d’euros), les minerais stratégiques (0,2 milliard d’euros).

 

Quand aux produits exportés par la France vers l’Afrique ont été les produits des industries agro-alimentaires, les préparations pharmaceutiques, les biens d’équipements mécaniques et électriques.

 

En somme, la France importe de l’Afrique des matières premières brutes et non transformées, et exporte en direction de l’Afrique des produits à très forte Valeur Ajoutée Manufacturière très forte. Ce qui corrobore l’assertion selon laquelle l’Afrique a des matières premières abondantes et peu transformées (VAM très faible), mais la France a une économie de la connaissance, c’est-à-dire une VAM très forte, du fait de la transformation des matières premières brutes en produits finis.

 

S’agissant de la balance des services, la France a enregistré, en 2024, un excédent de 56,5 milliards d’euros vis-à-vis de l’Afrique, principalement grâce à des exportations de services intermédiaires, notamment dans le domaine des services aux entreprises, les services financiers et le tourisme. En 2024, les principaux partenaires commerciaux de la France en Afrique ont été le Nigeria, l’Angola et la Côte-d’Ivoire. Autrement dit, la France, est largement au-dessus du continent africain en matière de services du fait que les services financiers aux entreprises et le tourisme s’effectuent au profit de la France.

 

Concernant la balance des revenus primaires, en 2024, la France a engendré vis-à-vis de l’Afrique un excédent de solde de 59,5 milliards d’euros, du fait des revenus d’investissement. Ce qui témoigne encore une fois que ce pays mise fort sur la sélection et les choix des investissements qu’elle réalise en Afrique, puis que le retour sur les investissements est très élevé.

 

Enfin, concernant la balance des revenus secondaires de la France vis-à-vis de l’Afrique, en 2024, la France a enregistré un déficit de 48,8 milliards d’euros dans ses revenus secondaires. Les revenus secondaires représentent l’aide internationale et les envois d’argent à l’étranger.

 

Pour ce qui concerne, l’aide internationale, l’Afrique est bénéficiaire du fait que de nombreux pays africains sont dans la classe des Pays les Moins Avancés (PMA), et que la France dispose d’une Agence Française de Développement (AFD), laquelle fait des décaissements financiers en faveur des pays africains.

 

S’agissant de l’envoi d’argent par un immigré à sa famille dans son pays d’origine, cet envoi pèse négativement sur le solde de la balance des revenus secondaires. Sur ce point précis, l’Afrique est plutôt gagnante parce que beaucoup d’immigrés africains installés en France envoient beaucoup d’argent à leur famille d’origine en Afrique. Cette hypothèse 3 est à retenir car la France importe de l’Afrique des matières premières brutes, et exporte en direction de l’Afrique des produits transformés à Valeur Ajoutée Manufacturière (VAM) très élevée.

 

En définitive, l’hypothèse 3 est à retenir pour expliquer l’écart du PIB de la France et le PIB de l’Afrique.

 

Autre angle d’analyse, nous verrons le PIB sous l’angle de la production pour tenter d’expliquer l’écart du PIB de la France et celui du continent africain.

 

  1. II) Le PIB sous l’angle de la production (Hypothèse 4)

 

Sous cet angle, le PIB d’un pays est déterminé par l’indicateur suivant:

 

PIB = Valeurs ajoutées brutes, calculées, au prix du marché, des biens et services produits dans le pays, dans les trois principaux secteurs d’activités économiques (primaire, secondaire et tertiaire) + Impôts et taxes sur les biens et services – Subventions accordées par l’État sur les produits      (Équation 5 )

 

À partir de l’équation 5 ci-dessus, le PIB est composé de trois composantes:

 

– la valeur ajoutée brute des biens et services produits dans un pays dans les trois principaux secteurs (primaire, secondaire et tertiaire);

 

– les Impôts et taxes sur les biens et services (produits);

 

– des subventions accordées par l’État sur les biens et services.

 

En analysant ces composantes du PIB pour la France et pour le continent africain, nous obtiendrons le même résultat que sous l’angle du PIB par rapport à la dépense.

Analyse et explications:

– La France dispose d’un secteur primaire assez développé, contrairement aux secteurs secondaire  très développé en raison de la transformation locale des matières premières,et un secteur tertiaire innovant en raison du poids de l’économie numérique et des services. Par contre, L’Afrique dispose d’un secteur primaire très riche en raison des matières premières brutes, mais hélas, un secteur secondaire peu développé (VAM très faible) en raison de l’absence de  transformation locale des matières premières lesquelles transformations se déroulent ailleurs qu’en Afrique. Le secteur tertiaire en Afrique quant à lui, demeure encore peu développé comparativement à la France, en raison d’une part, du poids faible de l’économie de la filière numérique et des services dans le PIB, et d’autre part que ce secteur est très informel en Afrique;

 

– Les Impôts et les taxes sont très élevés en France (TVA = 20%, l’impôt sur les sociétés(IS) = 35%, pour l’ensemble des sociétés installées sur le territoire français), comparativement au continent africain ou la TVA est au maximum à 18%. Et dans certains cas, la TVA est de 5% pour les produits de première nécessité. En outre, en Afrique l’Impôt sur les sociétés (IS) est en moyenne de 25%, en raison de la prétendue attractivité des entreprises sur le continent africain contre un IS de 35% en France. Ce qui conduit à un PIB en France élevé, et à un PIB moins élevé sur le continent africain. Outre cet aspect, les exonérations fiscales que l’Afrique accorde à la France à bras le corps, les accords de non-double imposition qui bénéficient davantage à la France qu’aux sociétés africaines implantées en France, les contrôles fiscaux qui ne vont pas généralement à terme quant il s’agit des entreprises françaises installées sur certains pays africains, etc.

 

– Pour ce qui concerne les subventions, la France accorde très peu de subventions (dans certains cas, comme la crise financière et économique), tandis que l’Afrique accorde des subventions tous azimuts, dont les sociétés parapubliques et des produits de base à large consommation par les populations vulnérables, ainsi que sur les produits pétroliers.

 

L’hypothèse 4 est également à retenir. En d’autres termes, ces trois facteurs fait en sorte que le PIB de la France est plus élevé que le PIB de l’Afrique toute entière.

 

Le même raisonnement peut être élargi à l’analyse du PIB de la France et celui de l’Afrique, sous l’angle des revenus. C’est la même conclusion.

 

Conclusion:

 

En résumé, la France repose sur une économie industrialisée et diversifiée, contrairement à la majorité des pays africains dont les économies reposent sur la rente des matières premières et sont peu diversifiées, à l’exception des économies de l’Afrique du Sud, et dans une moindre mesure, l’Égypte.

 

En outre, l’économie française repose sur la technologie et l’innovation, avec des entreprises leaders comme Thales, Airbus Industries, Total Énergie, Eramet, Perenco, pour ne citer que ces entreprises. Qui plus est, lorsque ces entreprises opèrent en Afrique, les bénéfices nets (c’est-à-dire après déduction des différents impôts et taxes sur les Excédents Bruts d’Exploitation ou encore EBE) sont automatiquement reversés par leurs filiales à leurs maisons-mères, installées en France. Il en va de même pour les Contrats d’Exploitation et de Partage de Production (CEPP) dans le secteur pétrolier africain, lesquels sont soumis à la seule volonté de l’opérateur pétrolier qui maximise les coûts pétroliers (cost-oil), et de ce fait minimise les profits (profit oil). Ce qui conduit à l’opérateur pétrolier de dégager, de façon insuffisante, les profits à partager entre l’État et lui, augmentant ainsi le PIB de le France au détriment des pays africains où ces entreprises sont installées.

 

Au-delà de cet aspect, les accords de non-double imposition qui bénéficient davantage à la France car il y’a plus d’entreprises et sociétés françaises installées dans chaque pays africains, surtout dans la zone du Franc CFA, par rapport aux entreprises et sociétés africaines installées en France. Ce qui favorise énormément le PIB de la France que le pays de l’Afrique toute entière.

 

Enfin, la plupart des pays africains sont des price taker (preneurs de prix) sur les marchés internationaux des matières premières, tandis que la France est take maker (faiseur de marché, ou faiseur de prix) sur les marchés internationaux des produits transformés. Ce qui conduit la France à avoir un PIB plus élevé que l’Afrique toute entière, laquelle est preneur de prix, conduisant à un PIB faible.

 

Tout comme le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique au 15e siècle, on assiste à un commerce bi-angulaire entre la France et l’Afrique aujourd’hui, l’Afrique étant pourvoyeuse de matières premières et la France étant fournisseur de produits transformés à haute Valeur Ajoutée Manufacturière.

 

Deux exemple pour illustrer cela. Un kilogramme de café ou de cacao est payé en Afrique, en moyenne, autour de 500 Francs CFA le kilo sur le marché international des matières premières, et revendus lorsque ces matières premières sont transformées en produits finis, à 4.000 Francs CFA le kilogramme de café et de cacao (hors réseau commercial), soit une VAM de près de dix fois sur les marchés internationaux des produits internationaux des produits transformés. Un second exemple, la tonne de grumes de bois est vendue, quand bien même certains pays africains exigent dorénavant une première transformation locale des grumes de bois (c’est-à-dire la transformation des grumes de bois au plaquage de bois) à 230.000F CFA, et revendue au tour de 1,2 millions de Francs CFA. Soit une VAM de près de sept fois par rapport au prix d’achat de la première transformation.

 

Les efforts des Gouvernements des pays africains sont déjà remarquables en ce qui concerne la première transformation de certaines de nos matières premières, mais nous devons aller plus loin dans la deuxième, la troisième voire la quatrième transformation locale de nos matières premières. Ce qui conduira aux pays africains de booster considérablement nos économies via une augmentation de la VAM et de créer davantage plus d’emplois chez les jeunes, une catégorie sociale avec un fort taux de chômage (près de 43% de la population active).

Toutefois, les défis du système économique de l’Afrique restent de taille.

 

Parmi ces défis, nous notons, sans être exhaustif, l’impérieuse nécessité de compenser la faible capacité énergétique de l’Afrique et à moindre coût (coût du kilowatt/heure, du semi-mégawatt/heure et du megawtt/heure plus abordable pour les industries de transformation), car le continent africain regorge de très fortes potentialités hydrauliques considérables (les capacités prouvées des barrages hydroélectriques de Inga au Congo Démocratique et du Nil en Égypte, etc) et l’interconnexion desdits barrages hydroélectriques pour soutenir les industries de transformation, lesquelles sont énergivores, le développement et la formation de la sous-traitance locale africaine et la priorité à cette sous-traitance que nos États veulent être responsables quant il s’agit d’exécuter les marchés de sous-traitance dans les délais requis, les voies d’évacuation intérieures africaines pour les produits transformés vers les marchés internationaux, le financement des entreprises de sous-traitance locales par les banques d’investissement et les banques de développement, l’emprise par les pays africains sur les marchés internationaux des produits transformés, la maîtrise parfaite des brevets, des marques, des modèles et des dessins industriels pour mieux certifier nos produits transformés (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, en abrégé OMPI) afin que les produits du continent africain ne soient plus considérés comme des produits de la contre-façon, la maîtrise totale de la chaîne d’approvisionnement des équipements de transformation (Équipements et machines de transformation) afin de ne freiner l’outil de production en cas de panne ou de révision d’équipements et de matériels de transformation, l’appropriation des normes et de qualité internationales requises (International Standards Organisation, en abrégé ISO), l’obligation de s’assurer de la compétitivité prix en vue de faire face aux autres concurrents tel que la Chine, une expertise développée, le développement du commerce intra-africain (la Zone de Libre Échange Continentale AFricaine, en abrégée, la ZLECAF) car le commerce intra-africain représente moins de 3% du commerce de l’Afrique avec les autres continents autre que l’Afrique, l’innovation des produits transformés africains par rapport aux produits concurrents, en ce sens que les jeunes entrepreneurs africains sont très tournés vers l’innovation, etc.

 

Par ailleurs, il faut également que les guerres fraternelles, fratricides et interconfessionnelles qui fragilisent tant l’Afrique cessent. Faut-il le rappeler, en Économie, l’environnement économique est largement tributaire de l’environnement politique d’un pays ou d’un continent.

 

Autre accent sur lesquels nous mettons également le doigt, nos pays doivent promouvoir davantage la formation professionnelle des femmes africaines, car elles représentent non seulement près de 52% de la population en Afrique contre près de 49% des hommes, mais aussi l’Éthiopie, un des pays africains qui s’est considérablement industrialisé des deux dernières décennies. En effet, le développement de ce pays s’est fait notamment par les femmes décomplexées que l’on retrouve dans les chantiers publics.

 

C’est à ce prix que le continent africain deviendra une puissance économique mondiale, avec une abondance de matières premières et une démographie galopante (les prévisions démographiques de l’Afrique sont estimées à près de 2 milliards de personnes en 2035).

 

Cette analyse pourrait être un article scientifique en utilisant les modèles économétriques de corrélation et de causalité, en stationnarisant les séries de PIB (le recours aux tests de Dickey-Fuller ou tests ADF), ainsi que les graphiques étayant ce que nous avons affirmé précédemment.

 

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