DIG / Pascal Houangni Ambouroue a fait le choix de l’honnêteté.
En rendant public un audit aussi accablant sur sa propre institution, le maire de Port-Gentil prend un risque politique calculé.
Mais derrière la mise en scène de la transparence, les vraies questions restent entières.
Un désordre qui ne date pas d’hier
Une masse salariale qui dévore 68% du budget communal, 507 agents sur 954 sans diplôme ni justificatif exploitable, 53% des dossiers administratifs incomplets, rien de tout cela ne s’est construit en quelques mois.
Ce désordre est le fruit d’années de laisser-faire, de recrutements opaques et d’une gestion patrimoniale de la fonction publique locale.
Pire : 47% du salaire brut moyen est constitué de primes et indemnités, révélant une masse salariale artificiellement gonflée, loin de toute logique de performance. L’audit dit ce que tout le monde savait sans vouloir le nommer.
Le délégué spécial : coupable d’inaction ?
La transition post-août 2023 a confié Port-Gentil à un délégué spécial disposant de pleins pouvoirs municipaux.
Dix-huit mois pour voir, agir, corriger. Résultat : rien n’a bougé.
Était-ce par manque de volonté, par calcul politique, ou parce que toucher à cette masse salariale gonflée revenait à froisser trop d’intérêts ?
Une administration où 21% des agents ont 55 ans et plus, contre seulement 14% de moins de 35 ans, ne vieillit pas ainsi sans que personne ne s’en préoccupe.
La question mérite une réponse publique que personne ne semble pressé de donner.
La transparence comme bouclier
En alignant sa démarche sur les ambitions réformatrices du président Oligui Nguema, Houangni Ambouroue s’offre une protection politique confortable.
Mais cette posture ne suffit pas à dissiper le doute : peut-on réellement assainir une administration quand on dépend des mêmes réseaux qui l’ont fragilisée ?
La volonté affichée est réelle, les résistances internes le seront tout autant.
Le vrai test commence maintenant
Publier un rapport de 155 pages, c’est facile. Régulariser des centaines de situations administratives douteuses, imposer des coupes dans une masse salariale qui laisse à peine un tiers du budget pour faire fonctionner la ville, résister aux pressions des agents et de leurs relais politiques, c’est une autre affaire.
Port-Gentil a enfin son diagnostic. Mais entre l’audit et le redressement, il y a un gouffre que les bonnes intentions seules ne combleront pas.



