Bruno Ben Moubamba vide son sac !

Affaire des squatters de BikĂ©lĂ© et d’AngondgĂ©, dĂ©tournement de 250 milliards de francs au ministĂšre de l’Habitat, rĂ©forme de l’ANUTTC, interpellation Ă  l’AssemblĂ©e nationale…

Politicien atypique pour certains, tĂ©mĂ©raire pour d’autres , le Vice-Premier ministre en Charge de l’Habitat dĂ©zingue, sans complaisance dans un entretien accordĂ© au quotidien « L’Union », ses prĂ©dĂ©cesseurs au poste ainsi que certains directeurs gĂ©nĂ©raux qui ont Ă©rigĂ©, en vĂ©ritable potentat, certaines structures stratĂ©giques du ministĂšre.

Entretien

Monsieur, le Vice-Premier Ministre, quel bilan faites-vous de vos 100 premiers jours Ă  la tĂȘte du ministĂšre de l’Habitat et du Logement par rapport aux objectifs qui vous ont Ă©tĂ© fixĂ©s par le Premier ministre. Notamment, l’achĂšvement des travaux de VRD, d’adduction d’eau et d’Ă©lectricitĂ© dans les nouveaux lotissements de BikĂ©lĂ© et Angondjé ?

 Bruno Ben Moubamba : C’est un honneur pour moi de recevoir le quotidien national l’Union et j’espùre que ce ne sera pas le premier et le dernier rendez-vous.

Sur les 5 actions prioritaires des 100 jours qui m’ont Ă©tĂ© fixĂ©es, je reviendrai toute Ă  l’heure sur l’achĂšvement des travaux. Permettez-moi de dĂ©tailler de maniĂšre prĂ©cise la rĂ©gularisation des conflits de la situation rĂ©sultant de l’occupation illĂ©gale des logements sociaux d’AngondjĂ© et de BikĂ©lĂ©. Comme vous le savez, nous avons d’abord consultĂ© tous les collectifs engagĂ©s dans ces zones devenues des zones de non droit et d’incivisme absolu oĂč l’autoritĂ© de l’Etat a Ă©tĂ© dĂ©fiĂ©e. Nous avons consultĂ© les ayants droit et les occupants illĂ©gaux. Nous avons listĂ© la plupart des acteurs engagĂ©s. Ce qui nous a amenĂ© Ă  proposer aux illĂ©gaux de sortir des logements avant d’ĂȘtre rĂ©gularisĂ©s Ă©ventuellement. Le processus Ă©tant simplement dĂ©fini, c’est-Ă -dire qu’on rĂ©gularise ceux qui sont rĂ©gularisables et on expulse ceux qui ne veulent pas respecter la loi, enfin on accompagne les cas sociaux.

La plupart des collectifs ont Ă©tĂ© rĂ©unis et cela nous a conduit Ă  un « modus vivendi ».Chacun a marquĂ© son accord. Ensuite, il y a eu un changement de position, aprĂšs que les illĂ©gaux aient eu droit Ă  un report de 8 jours. Ils ont renoncĂ© Ă  un certain nombre d’engagements qu’ils ont pris au ministĂšre. Raison pour laquelle, nous avons engagĂ© un huissier de justice avec l’Agent Judiciaire de l’Etat. Il y a eu des constats sur le terrain. Nous nous sommes rendus compte qu’il y a un certain nombre de maisons qui ont Ă©tĂ© abandonnĂ©es. Et cela conduit Ă  des zones d’incivisme, d’oĂč j’accuse les prĂ©sidents des collectifs d’ĂȘtre Ă  la tĂȘte finalement des mafias qui rançonnent  des populations.

Pourtant les prĂ©sidents des collectifs avaient pris un engagement ferme envers l’Etat ?

Il y a des collectifs qui rançonnent des populations. Pour avoir le droit Ă  une maison, il faut par exemple 300.000frs Cfa au minimum.  Si on ne remet pas de l’ordre, tous les logements et toutes les parcelles Ă  venir seront squattĂ©s.

Avez-vous des preuves de toutes ces affirmations  M. le Vice-Premier Ministre ?

Effectivement ! Nous avons des services qui sont allĂ©s sur place. Nous savons que c’est devenu des zones d’incivisme et de non droit. S’ils ne veulent pas quitter des maisons, c’est parce que certains savent que c’est devenu un business pour avoir de l’argent sur le dos de l’Etat. Les prĂ©sidents des collectifs n’y habitent pas et bien d’autres. Des maisons qui ont Ă©tĂ© construites par l’Etat, on en fait de la sous-location ? On marchande, on ne veut pas partir et on profite de la souffrance des populations. C’est de l’exploitation !

Ils sont manipulĂ©s par une partie des politiciens radicaux et complotistes qui veulent empĂȘcher  le programme des 5000 logements qui avaient  Ă©tĂ© engagĂ©s dans le premier mandat de voir le jour.

Qui peut-ĂȘtre derriĂšre tout ça, Monsieur le Vice-Premier Ministre ?

Il y a d’abord des mafias et un certain nombre de politiciens irresponsables.

Vous avez des noms ?

J’accuse certains de faire partie ou d’ĂȘtre contrĂŽlĂ©s par des mouvements politiques mal intentionnĂ©s. Je dis que cela est regrettable. On ne peut pas encourager l’incivisme car les populations ne sont plus protĂ©gĂ©es. Alors les gens sont fĂąchĂ©s car on estime qu’on devrait donner les maisons cadeau Ă  des populations qui ont besoin de logements sociaux. Sans modĂšle Ă©conomique ?

J’estime que nous avons Ă©tĂ© extrĂȘmement gĂ©nĂ©reux en prolongeant les dĂ©lais de grĂące. Nous avons mĂȘme proposĂ© de redistribuer quelques maisons Ă  ceux qui respecteront la loi.

C’était le 30 novembre, le dernier dĂ©lai M. le Vice-Premier Ministre


Oui  c’était le 30 novembre le dernier dĂ©lai. À partir du 1er DĂ©cembre, nous pouvons dĂ©sormais faire appel Ă  la force publique.

Nous avons saisi le Procureur de la RĂ©publique. Une fois le Procureur saisi, nous procĂ©derons Ă  des expulsions. Il faut noter que ce n’est pas un langage nĂ©gatif que je rĂ©pands. Les populations doivent comprendre qu’il faut remettre de l’ordre. Je suis rentrĂ© dans ce ministĂšre avec un mot d’ordre : le nouvel ordre urbanistique, la fin du dĂ©sordre. Et nous avons un projet de rĂ©amĂ©nagement et des plans dans tout le pays, pour produire des parcelles afin d’avoir des logements, pas seulement dans la rĂ©novation des quartiers. Nous travaillons de maniĂšre Ă  redĂ©velopper « l’épine dorsale » du pays tout au long de la route nationale 1.

Je suis heureux de vous annoncer que la Baie des Rois urbanistique au Pk0 sera l’endroit d’oĂč va dĂ©marrer le nouvel ordre urbanistique du pays. On pourra retrouver un nouveau centre ville Ă  partir de l’ancienne gare routiĂšre, Stfo, Stade Omnisport Mont-BouĂ«t etc… Il y a une volontĂ© pour faire en sorte que le pays soit mieux organisĂ©, parce que c’est une niche de croissance Ă©conomique. La relance Ă©conomique est aussi compatible avec le bĂątiment. Et cela peut se faire avec la participation des populations.

Par ailleurs, nous avons entamĂ© le renforcement du dispositif lĂ©gislatif et rĂ©glementaire. Nous travaillons sur la loi 7 qui va permettre de mettre en place une ordonnance qui va enclencher la rĂ©forme de l’ANUTTC, entre autre.

Qu’est ce qui va changer à l’ANUTTC ?

L’ANUTTC ne peut pas en mĂȘme temps ĂȘtre l’organisme qui est Ă  la base de l’affectation et ĂȘtre responsable de l’attribution des parcelles. C’est une superbe agence mais qui ne peut pas tout faire. Elle ne peut pas en mĂȘme temps faire le travail de l’administration centrale et le travail des collectivitĂ©s locales. C’est une usine Ă  gaz qu’il faut simplifier en appliquant une forme de choc de simplification Ă  l’ANUTTC pour revoir les capacitĂ©s de cette agence. Aujourd’hui, nous avons besoin d’aller vers le guichet unique. Il y a trop de dispersions dans notre administration, il faut arriver Ă  rationnaliser tout cela et l’ANUTTC est devenue une usine Ă  gaz qui ne permet pas de faciliter le projet de donner un titre foncier Ă  tous les gabonais. Elle doit attribuer les terrains et non les affecter.

Pourtant, l’ANUTTC se vante d’avoir rĂ©ussi Ă  rĂ©duire le nombre de jours pour l’obtention d’un titre foncier


J’ai visitĂ© la Direction gĂ©nĂ©rale du Cadastre. Si vous voyez dans quel Ă©tat sont conservĂ©s les titres fonciers de la RĂ©publique, oĂč il n’y a aucune dĂ©matĂ©rialisation. C’est vraiment dĂ©plorable. Le pays est Ă  moderniser en la matiĂšre. On reste toujours comme Ă  l’époque dans les annĂ©es 60. Il n’y a pas eu dans ce domaine un sot qualitatif. Aujourd’hui, il y a une querelle de compĂ©tence entre l’ANUTTC et la Direction gĂ©nĂ©rale du ministĂšre de l’Urbanisme et l’Habitat Social du Logement. Il faut absolument revoir tout cela.

Le renforcement de dispositif lĂ©gislatif rĂšglementaire existant en vue de nouvelles normes urbanistiques et patrimoniales fait partie justement de la troisiĂšme action prioritaire.  Nous allons Ă  cet effet, faire signer au PrĂ©sident de la RĂ©publique une ordonnance qui permet de reformer l’ANUTTC. Ensuite y a la rĂ©forme de la gouvernance des outils d’appui de la politique de l’habitat et du logement. J’ai convoquĂ© une rĂ©union entre l’administration du PSGE et l’ANGT. Tout le monde travaille ensemble en ce moment pour produire le schĂ©ma directeur d’amĂ©nagement de Libreville, le grand Libreville. C’est quasiment prĂȘt. Il va aussi y avoir un plan d’amĂ©nagement de Port-Gentil oĂč rĂšgne l’anarchie la plus totale. Et je voudrais y mettre fin au nom du gouvernement et sous la responsabilitĂ© du Chef de l’Etat, le PrĂ©sident de la RĂ©publique qui a fait confiance Ă  une personnalitĂ© hors systĂšme comme la mienne. La brigade urbaine va ĂȘtre rĂ©activĂ©e pour qu’on puisse Ă  travers un dĂ©cret qui encadre les dĂ©molitions pouvoir amener de l’ordre. Tout le monde ne peut pas s’installer oĂč il veut et faire ce qu’il veut.

Avez-vous l’appui de tous vos collùgues ?

D’abord moi je n’applique pas mon programme, j’applique le programme du PrĂ©sident de la RĂ©publique celui de « l’EgalitĂ© des chances » pour inventer ce qui n’existe pas encore.

Permettez-moi de revenir trĂšs rapidement sur l’achĂšvement des travaux de VRD, d’adduction d’eau et d’électricitĂ© dans les nouveaux lotissements d’AngondjĂ© et de BikĂ©lĂ©. Il y a des actions qui ont Ă©tĂ© menĂ©es par les services du dĂ©partement en charge des ressources hydrauliques, et de la SociĂ©tĂ© d’énergie et d’eau du Gabon. Il y a eu des actions de terrain. Je vais demander un rapport Ă  la SNLS chargĂ© des dossiers de BikĂ©lĂ© et d’AngondjĂ©. Mais en tout cas sur la SNLS je dois constater qu’à ce jour la SNLS n’a toujours perçu aucun loyer sur le site d’AngondjĂ©. C’est-Ă -dire qu’on est dans un pays oĂč les sociĂ©tĂ©s nationales font perdre des centaines de milliards Ă  l’Etat tous les ans. Et on ne fait rien.

Comment expliquez-vous que la SNLS ne perçoive, à ce jour, aucun loyer ?

Je suppose qu’il y a des mauvais modĂšles Ă©conomiques que ce soit la SNLS, la SNI ou ailleurs. On est avec des acteurs qui pensent avoir des « titres fonciers » sur leurs directions. On a donc des gens qui se croient intouchables et qui parfois ne savent pas se remettre en question. Il suffit de critiquer cela pour que l’on dise que le Vice-Premier Ministre en fait trop ! Il n’a qu’à s’occuper de ce qui le regarde. Mais moi je n’ai pas Ă©tĂ© nommĂ© pour couvrir le dĂ©sordre ou l’hĂ©morragie financiĂšre. J’ai bien Ă©tĂ© pris dans l’opposition non pas pour faire le convivialisme. J’ai Ă©tĂ© nommĂ© pour faire bouger les lignes. Je prĂ©fĂšre faire des erreurs que d’ĂȘtre dans l’immobilisme. On est tous d’accord que le systĂšme est Ă©puisĂ©. Il faut donc le changer avec des nouvelles intelligences  tout en prĂ©servant les acquis des anciens. Mais on ne peut pas aujourd’hui faire comme si tout allait bien. Ce n’est pas possible moi je m’oppose Ă  cela.

Finalement, quelle est votre marge de manƓuvre par rapport Ă  cette situation Ă  AngondjĂ© et Ă  BikĂ©lĂ©, quand on sait que malgrĂ© vos ultimatums, aucune de ses populations n’a daignĂ© dĂ©guerpir 


Je constate que les gens veulent l’affrontement. Mais, il n’appartient pas Ă  un ministre d’encourager l’affrontement. Il faut rĂ©tablir l’ordre dans des espaces oĂč l’incivisme ou la criminalitĂ© rĂšgne. Il y a quand mĂȘme des collectifs qui ont organisĂ© une Ă©conomie parallĂšle dans des maisons construites par l’Etat. Ce qui me surprend est le fait de savoir qu’il y a des acteurs qui les soutiennent. Il y a des membres mĂȘme de mon administration, des  acteurs  clĂ©s de notre Etat qui encouragent ce dĂ©sordre. J’ai des noms et des preuves d’acteurs qui encouragent le dĂ©sordre, mais je ne peux pas le faire. Ce n’est pas normal !

Il faut savoir que je ne suis pas comptable de tout ce dĂ©sordre. Je n’étais pas au gouvernement quand tout ce dĂ©sordre s’est produit. C’est que je suis responsable parce que je suis Ă  la  tĂȘte du ministĂšre. Toutefois, il y a bien une raison pour laquelle on s’est retrouvĂ© dans cette situation. Et cela va depuis les Ă©lections prĂ©sidentielles oĂč le PrĂ©sident de la RĂ©publique s’est retrouvĂ© avec des faux amis. C’est Ă -dire des personnes qui viennent lui dire que «  tout va bien » or  rien ne va. Et je vous assure que derriĂšre AngondjĂ© et BikĂ©lĂ©, il y a des personnalitĂ©s qui veulent faire Ă©chouer le PrĂ©sident  de la RĂ©publique par rapport Ă  son programme des 5000 logements. Moi je fais confiance au Premier ministre, au  Ministre de la DĂ©fense, au Ministre de l’IntĂ©rieur et au Ministre de la Justice, pour que force reste Ă  la loi. Ce n’est pas le dossier de Moubamba. Il est vrai que je gĂšre. C’est un dossier qui est gĂ©rĂ© solidairement par tout le gouvernement,

Pourtant, dans ce dossier, on ne voit pas vos collĂšgues du gouvernement adopter, comme vous, une posture aussi ferme
Ne vous sentez-vous un peu isolé ?

Je dis non. C’est le problĂšme du gouvernement et non celui du Vice-Premier Ministre. Je suis responsable et non coupable. Et je n’en fais pas un problĂšme personnel comme peuvent le penser certains. Ceux qui veulent me faire Ă©chouer se mettent le doigt dans l’Ɠil. Je suis d’ailleurs un humanitaire Ă  la base, voilĂ  pourquoi j’ai dit en entrant au gouvernement d’ouverture que je me suis arrachĂ© les boyaux et les tripes pour la nation.

Ce dossier manipulĂ© par l’opposition radicale est celui du gouvernement et il doit prendre ses responsabilitĂ©s. Je suis lĂ  au-delĂ  de mes positions antĂ©rieures qui Ă©taient des positions radicales. J’ai donc mis de l’eau dans mon vin pour la stabilitĂ© du pays. Mais il y a des choses que je ne vais jamais tolĂ©rer. Je ne rentrerai jamais dans les compromissions. On ne va pas changer ma nature.

Le PrĂ©sident de la RĂ©publique et moi avions une alliance objective pour la Nation et je lui fais confiance. Cette alliance est basĂ©e sur la prĂ©servation et la stabilitĂ© de l’Etat, la volontĂ© d’empĂȘcher le chaos dans lequel veulent nous entrainer certains acteurs qui font une mauvaise lecture des Ă©vĂšnements. Je suis un opposant intelligent. Je ne suis pas un illuminĂ©. Je sais donc ce que je fais. Et je dis que c’est un dossier du gouvernement et non un dossier personnel.

Des bruits au sein de votre dĂ©partement vous accusent d’avoir fait main basse dĂšs votre arrivĂ©e au ministĂšre sur les terrains de la section YU8 au lieu-dit Mveng-Ayong dans la commune d’Akanda. Vous auriez, dit-on, annulĂ© toutes les rĂ©servations pour les remplacer par une autre liste Ă  votre convenance. Que rĂ©pondez-vous Ă  ces accusations ?

S’agissant du lotissement de la section YU8 Ă  AngondjĂ©, aprĂšs examen de ce dossier et des informations obtenues sur ce sujet, il m’a Ă©tĂ© donnĂ© de constater que sur la liste des rĂ©servataires  des parcelles, plusieurs noms des personnes non identifiĂ©es avaient Ă©tĂ© utilisĂ©s par certains cadres de l’administration, voire mĂȘme des personnalitĂ©s de la RĂ©publique, afin de se faire attribuer des parcelles au-delĂ  des superficies autorisĂ©es en la matiĂšre.

En rĂ©alitĂ©, j’ai trouvĂ© un conflit entre une liste prĂ©sentĂ©e par le Ministre  Emane Nsolet et une liste prĂ©sentĂ©e par le Ministre Guedon. Et ensuite une liste constituĂ©e des dĂ©guerpis de Marseille et Mveng  Ayong. J’ai donc harmonisĂ© toutes les listes. J’ai trouvĂ© des listes que j’ai nettoyĂ©es pour un problĂšme qui durait depuis 3 ans. AprĂšs j’ai priorisĂ© des dĂ©guerpis de Marseille et Mveng Ayong (130). Donc, il n’y a pas de liste Moubamba et il n’y en aura jamais.

Pour ĂȘtre plus pratique, quelles seront les prioritĂ©s de votre dĂ©partement pour l’annĂ©e 2017 ? Combien de logements sociaux comptez-vous construire cette annĂ©e avec la modeste enveloppe qui vous sera allouĂ©e ?

On avait zĂ©ro budget d’investissement pour 2017. J’ai Ă©crit au Premier ministre pour lui faire Ă©tat de la situation, lui disant que ce budget est prioritaire pour le PrĂ©sident de la RĂ©publique. Il m’a rĂ©pondu, en me disant qu’il y aura un collectif budgĂ©taire et que ce ministĂšre disposera d’un budget d’investissement. Nous verrons sur le contenu de cette enveloppe additionnelle.

Excusez-moi M. le Vice-premier ministre, vous dites que votre dĂ©partement n’a pas obtenu de budget d’investissement pour l’annĂ©e 2017 ?

Ce n’est pas une chose Ă©tonnante. Il y a eu un dĂ©tournement de 250 milliards de francs qui a entraĂźnĂ© la fermeture du ministĂšre en 2011 et depuis il n’y a plus eu de budget d’investissement. Ce n’est pas Moubamba qui a utilisĂ© les 250 milliards de francs Ă  l’Habitat. Il y a des gens qui sont passĂ©s ici, qui ont mangĂ© 250 milliards de francs et pensent qu’ils s’en tireront Ă  bon compte. Moi je ferai un audit de l’Habitat, dĂšs que je trouverai le cabinet qu’il faut pour effectuer cette opĂ©ration. Je ne pense qu’on m’a envoyĂ© ici pour m’humilier ou me faire passer pour un acteur peu crĂ©dible. Je ne peux pas fonctionner avec un ministĂšre sans budget d’investissement. Il se trouve qu’on est en rĂ©cession budgĂ©taire. J’espĂšre que la situation va s’amĂ©liorer. Je compte dĂ©velopper certes des partenariats publics et privĂ©s. J’ai dĂ©jĂ  signĂ© avec des promoteurs. Le meilleur reste Ă  venir.

Je réitÚre ma question Mr le VPM. Pour 2017, vous prévoyez construire combien de logements sociaux ?

Dans les 16 engagements du candidat  Ali Bongo Ondimba, il avait prĂ©vu de construire plus de 13 000 logements. Certains n’ont pas considĂ©rĂ© mes propos quand j’ai dit que j’allais construire 10 000 logements. On peut construire 10 000 logements pour 2017. On peut engager les chantiers de 10 000 logements. Sous ce magistĂšre le chantier de la citĂ© des 3 dorades prĂšs du stade de Ntchengue Ă  Port-Gentil, va reprendre : 1 000 logements. Je vais rĂ©activer aussi Ă  Libreville le dossier des dĂ©guerpis des bassins versants de Nzeng-ayong. Dans quelque mois, ils vont s’installer gratuitement vers Okolassi : 1 000 logements. Vous savez, si on ne fait pas bien les choses dans ce pays, c’est d’une part Ă  cause du manque de vision, de la corruption et du « mauvais cƓur ». Ensemble, nous pouvons faire de grandes choses dans ce pays. Nous sommes moins de 2 millions d’habitants, nous sommes riches, on a des capacitĂ©s invraisemblables.

Vos 5 prĂ©dĂ©cesseurs avaient pourtant aussi le mĂȘme discours teintĂ© d’optimisme


Moi je réussirai ! Pourquoi ? Parce que je viens au nom du Seigneur, comme David devant Goliath. Et Goliath est un systÚme de méchanceté gratuite.

En tant que politicien trĂšs avisĂ©, vous ne voyez pas ca comme un piĂšge de vous avoir attribuĂ© un ministĂšre Ă  problĂšmes comme l’Habitat ?

Non, je suis un homme de dĂ©fis. J’ai de la fiertĂ© Ă  m’occuper de ce ministĂšre trĂšs concret, trĂšs pratique. L’Ɠil ne ment pas. AprĂšs tout, je viens au nom du Seigneur non ?

Vous ne craignez pas que les lobbies fassent tout pour vous faire Ă©chouer ?

A vrai dire, je me suis engagĂ© librement. Pas pour venir m’enrichir dans ce dĂ©partement. Je suis au service de l’Etat, j’agis sur commande, je fais mon job. Je fais mon devoir et je suis libre. Je ne suis pas un excitĂ© par le pouvoir. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il n’y a pas de vie en dehors du gouvernement. OĂč est le piĂšge lĂ -dedans ? Je suis libre de dire oui ou non. Est-ce que c’est fou ? Donc, ce que les gens peuvent dire sur moi, tous les projets que les gens nourrissent contre ma modeste personne, je le prends comme quelque chose de normal. C’est le prix Ă  payer pour celui qui veut servir le bien commun.

Monsieur le VPM,  pour clore notre entretien, pouvez-vous nous dire, ce qui s’est rĂ©ellement passĂ© lors de votre passage Ă  l’assemblĂ©e nationale le 21 Novembre 2016 ?

PremiĂšrement, je suis passĂ© Ă  l’émission vendredi politique quelques jours avant et j’ai Ă©noncĂ© un certain nombre de vĂ©ritĂ©s comme ce que je viens de prononcer devant vous, et cela n’a pas plu Ă  un certain nombre de compatriotes. Et je devais donc passĂ© Ă  la Commission des Finances pour prĂ©senter mon maigre budget. Il est vrai que les dĂ©putĂ©s me reprochaient dĂ©jĂ  mes propos Ă  l’émission Vendredi politique. Pour cela, ils ont profitĂ© d’une petite erreur de mon administration. Cela a suffi pour dĂ©clencher une suspension de sĂ©ance, puis un renvoi de la sĂ©ance. On a exagĂ©rĂ©. J’ai finalement prĂ©sentĂ© le lendemain mon budget. Et  cette fois-ci, les choses se sont trĂšs bien passĂ©es. On a extrapolĂ©, tout ceci. Les dĂ©putĂ©s sont des compatriotes et des gens respectables. Mais voilĂ  une AssemblĂ©e nationale quasiment monocolore Ă  quelque exception prĂšs, il faut se rĂ©jouir qu’un Ministre vienne un peu animer le dĂ©bat. Vous savez, lorsqu’on exclut l’opposition d’une AssemblĂ©e Nationale, l’opposition nait de l’intĂ©rieur du pouvoir parce que la nature a horreur du vide et c’est ce que j’ai voulu rappeler en rĂ©pondant aux dĂ©putĂ©s du parti du pouvoir que j’étais dans un gouvernement d’ouverture et que j’étais fidĂšle au PrĂ©sident de la RĂ©publique sous l’autoritĂ© du Premier Ministre. J’espĂšre que l’AssemblĂ©e Nationale qui sortira en juillet prochain ne sera plus une AssemblĂ©e Nationale monocolore. C’est un nouveau cycle politique qui a commencĂ© au Gabon. MalgrĂ© les inquiĂ©tudes, il y a de quoi rester opportuniste. Le « Gabon actuel » est un monde nouveau qui nait dans les douleurs de l’enfantement. Restons positifs en dĂ©pit de tout.

 

apropos de l auteur

La Redaction

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