Budgets primitifs 2026 : De 30 milliards pour Libreville à … 744 millions pour Makokou, le fossé financier entre les capitales provinciales du Gabon

DIG/ Le budget prévisionnel sur l’ensemble des capitales provinciales du Gabon est d’environ 63,58 milliards de FCFA.

Entre Port-Gentil qui explose à près de 24 milliards et Makokou qui plafonne à 744 millions, les budgets primitifs 2026 des neuf chefs-lieux provinciaux révèlent une géographie financière à deux vitesses, malgré les ambitions décentralisatrices du gouvernement de la Ve République.

Libreville et Port-Gentil, dans une autre dimension

La capitale politique et la capitale économique confirment leur suprématie financière en 2026.

Libreville a adopté le 30 avril 2026 un budget de 30,77 milliards de FCFA (après un rejet initial), en hausse de plus de 5 milliards par rapport à 2025.

Port-Gentil affiche, quant à elle, un record historique de 23,99 milliards, soit +58 % sur un an, porté par une multiplication par quatre des ristournes de l’État.

Avec 54,7 milliards de FCFA, ces deux communes concentrent à elles seules…86 % de la masse budgétaire municipale du pays.

Le groupe intermédiaire, entre ambition et contrainte

Franceville, Mouila et Lambaréné forment un second palier, loin derrière les deux premières. Le chef-lieu du Haut-Ogooué a voté 2,51 milliards de FCFA le 18 avril 2026, un montant jugé insuffisant par les élus eux-mêmes malgré un vote à 97 %.

Mouila suit avec 1,50 milliard de FCFA, et  Lambaréné avec 1,37 milliard. Ces trois villes affichent une volonté réelle de modernisation (voirie, réseaux, foncier), mais leurs marges de manœuvre restent étroites face à l’ampleur des besoins.

Les capitales du nord et de l’est, à bout de ressources

Oyem a voté 1,09 milliard de FCFA, en légère baisse par rapport à 2025.

Koulamoutou s’arrête à 772 millions, Makokou à 744 millions. de FCFA. Les progressions annuelles se comptent en dizaines de millions.

À Oyem, le président du conseil municipal a lui-même déploré que 45 % du budget soit absorbé par les dépenses de personnel, laissant moins d’un tiers à l’investissement. La masse salariale écrasante et des recettes propres anémiques caractérisent structurellement ces communes.

Tchibanga, symbole d’un déclassement assumé

Avec 827 millions de FCFA, le chef-lieu de la province de la Nyanga bénéfice d’une enveloppe en hausse de… 153 millions par rapport à 2025.

Le maire a appelé à « hisser Tchibanga à son niveau de compétitivité d’antan », en référence à un classement communal plus favorable par le passé.

Cette invocation dit beaucoup d’un présent difficile : enclavée et sous-dotée, la ville ne dispose ni des recettes fiscales ni des ristournes suffisantes pour financer un développement à la hauteur de son statut provincial.

La décentralisation, remède ou promesse ?

Un décret de fin 2025 consacre 10 % du budget national aux collectivités, soit plus de 720 milliards de FCFA.

Mais sur le terrain, la traduction reste très inégale. Port-Gentil en a massivement bénéficié ; d’autres communes semblent n’avoir reçu qu’un ruissellement limité.

L’écart entre Libreville et Makokou atteint un facteur 1 à 40. La réforme avance, mais son application uniforme sur l’ensemble du territoire reste la condition de sa crédibilité.

Transformer les budgets en développement réel, le vrai défi

La question ne se limite pas aux montants, mais à leur exécution. Même dans les communes les mieux dotées, les dépenses de fonctionnement dévorent l’essentiel des enveloppes.

Le gouvernement a mobilisé 156 milliards de FCFA via le Programme d’Urgence de Développement Communautaire et le Programme d’Urgence de Développement Général pour intervenir directement dans plusieurs capitales provinciales, reconnaissant implicitement que les budgets municipaux seuls ne suffisent pas.

La décentralisation gabonaise avance, mais son ancrage dans les territoires les plus fragiles reste son épreuve de vérité.

apropos de l auteur

La Redaction

Laisser un commentaire