DIG / Le Gabon va se doter d’un nouvel outil de transport public.
Née de la fusion entre la SOGATRA et Trans’Urb, la Compagnie Nationale de Transport (CNT) est présentée comme la réponse structurelle aux défaillances chroniques de la mobilité urbaine.
Une ambition portée au plus haut niveau de l’État, sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais derrière l’annonce, une question s’impose : Une fusion suffit-elle à effacer des décennies de dysfonctionnements ?
Deux entités, un héritage lourd
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au plus fort de la crise de Trans’Urb, près de 80 % de ses bus étaient en panne.
Du côté de la SOGATRA, un audit réalisé en 2024 a dénombré 799 agents, dont environ 300 sans affectation réelle.
Quant aux arriérés de salaires, ils constituent un mal chronique : en fin 2020, les agents en étaient déjà à leur 10e mois sans rémunération. Ce n’est donc pas un secteur sain que la CNT hérite, c’est un secteur à reconstruire de fond en comble.
Une flotte renouvelée, mais à quel prix ?
Pour donner corps à ses ambitions, l’État a consenti un effort d’investissement significatif. Le ministre des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a annoncé l’acquisition de 142 nouveaux véhicules : 100 bus de grande capacité, 25 bus plus légers et 17 camions dédiés à la logistique.
En intégrant les 89 véhicules déjà opérationnels des anciennes structures, la CNT dispose d’une flotte globale de 231 unités.
En juillet 2024, un crédit de 4,3 milliards FCFA avait déjà été validé pour l’achat de 30 bus, tandis qu’une subvention de 3,5 milliards FCFA avait été prévue pour les trois sociétés publiques de transport.
La question qui demeure : A quel rythme ces véhicules seront-ils à nouveau immobilisés faute de maintenance ?
L’entretien, nerf de la guerre
La CNT tranche avec ses prédécesseurs sur la question tarifaire. Fini la gratuité qui asphyxiait financièrement les deux entités : la compagnie adopte une grille structurée avec un forfait mensuel à 17 000 FCFA pour le grand public, 8 000 FCFA pour les étudiants, 5 000 FCFA pour les élèves et 3 000 FCFA pour les retraités.
Le trajet unique est fixé à 200 FCFA. Cette billetterie devra alimenter un fonds de maintenance pérenne, faute de quoi les 142 nouveaux véhicules connaîtront le même sort que leurs prédécesseurs.
Un signal politique fort, un test opérationnel à venir
La CNT sécurise l’avenir de 1 307 agents, trop longtemps exposés aux arriérés de salaires, et crée un cadre formel susceptible d’attirer des partenariats et des financements structurés.
Mais des observateurs avertissent déjà que le transport public n’est pas rentable par nature et devra être subventionné pour tenir sur la durée.
Sa crédibilité se mesurera donc sur le terrain : à la régularité des rotations, à l’état des véhicules dans six mois, et à la transparence de sa gouvernance financière.
Le pari est posé. Il reste à le tenir.



