Concept « Armée-Nation » : Les Forces de défense se lancent dans l’agriculture

DIG/ À Plaine Ayémé, dans la commune de Ntoum, quatre hectares de terres sont cultivées par des militaires en treillis.

La récente visite de la ministre d’État à la Défense, Brigitte Onkanowa, sur ce site agricole pilote illustre l’une des ambitions les plus originales du gouvernement : transformer les forces de défense en acteurs du développement économique national, sous le concept « Armée-Nation ».

Une logique qui a du sens sur le papier

L’idée n’est pas sans fondement. L’armée dispose d’atouts que le secteur agricole gabonais n’a jamais su mobiliser : une main-d’œuvre disciplinée, du matériel, des capacités logistiques et d’ingénierie, et une présence sur l’ensemble du territoire national.

Dans un pays qui importe encore massivement ses produits alimentaires malgré un potentiel agronomique réel, mobiliser ces ressources dormantes pour réduire la dépendance extérieure est une idée cohérente.

Plusieurs nations africaines ont emprunté ce chemin avant le Gabon — le Tchad, le Burkina Faso, le Congo, Madagascar — avec des résultats variables mais une logique structurelle similaire : l’institution militaire comme bras armé du développement rural.

Ce que ce projet révèle du moment gabonais

L’initiative porte également une dimension symbolique forte. En réunissant sur un même site les Forces armées, la Gendarmerie, la Police et la Garde républicaine autour d’un projet productif commun, le gouvernement cherche à construire une image de cohésion nationale et de rupture avec une armée perçue comme consommatrice de ressources publiques sans retombées civiles directes.

C’est aussi une réponse politique à une pression sociale réelle. Le Gabon importe une part considérable de son alimentation, et la crise du pouvoir d’achat frappe durement les ménages.

Montrer que l’État — y compris dans ses composantes militaires — s’attaque concrètement à ce problème est un message destiné autant aux populations qu’aux partenaires financiers.

Les questions que le projet pilote ne résout pas encore

Quatre hectares, c’est un laboratoire. La vraie question est celle du passage à l’échelle : comment industrialiser ce modèle, le financer durablement, et surtout assurer la commercialisation des productions sans concurrencer les agriculteurs civils déjà fragiles ?

L’histoire africaine des projets agricoles militaires enseigne que l’enthousiasme du lancement cède souvent la place aux contraintes de la durée — manque de suivi, rotations des effectifs, insuffisance des débouchés.

Le concept « Armée-Nation » est prometteur. Son succès se mesurera non pas à la visite ministérielle d’inauguration, mais aux récoltes des prochaines saisons.

 

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La Redaction

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