DIG / Après des années d’exploitation souvent non régulée, les autorités gabonaises ont tranché.
Le décret n°0239/PR/MJSRCAVA du 22 mai 2026 place désormais l’iboga, ses dérivés et les savoirs traditionnels qui lui sont associés sous contrôle de l’État.
Le texte, dont l’application a été rappelée par le ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement Culturel et des Arts, le 8 juin 2026, conditionne toute activité liée à cette plante à une autorisation délivrée par le ministère chargé de la Culture, après avis d’une commission technique interministérielle spécialement créée à cet effet.
Acte symbolique presqu’impossible à appliquer
Le gouvernement a posé un cadre juridique. Mais entre le texte et le terrain, la distance est souvent immense au Gabon.
Des dizaines de tradipraticiens, de guérisseurs et d’initiateurs du Bwiti utilisent l’iboga depuis des générations, en dehors de tout dispositif administratif.
L’État a-t-il réellement les moyens de réguler une plante aussi profondément enracinée dans les pratiques culturelles et spirituelles du pays ?
Une administration culturelle sous-dimensionnée
Le dispositif repose entièrement sur le ministère chargé de la Culture, chargé de délivrer les autorisations après avis d’une commission technique interministérielle.
Mais quelle est la capacité réelle de cette administration à traiter des dossiers en provenance de l’ensemble du territoire, y compris des zones rurales enclavées où l’iboga pousse et est consommé loin de tout service de l’État ?
Sans moyens humains, logistiques et financiers adaptés, le risque est de créer un régime d’autorisation théorique qui ne s’appliquera en pratique qu’aux acteurs formels : chercheurs étrangers, entreprises pharmaceutiques, laissant l’usage traditionnel dans un flou juridique dangereux.
Le risque d’une réglementation à deux vitesses
C’est précisément là que le bât blesse. Si seuls les opérateurs économiques et les institutions académiques se conformeront au nouveau cadre, l’objectif affiché de protection des communautés autochtones restera lettre morte.
Pire, une application sélective pourrait criminaliser des pratiques culturelles légitimes, tout en laissant prospérer les circuits informels d’exportation que le décret entend justement endiguer.
La frontière entre régulation protectrice et répression culturelle est mince, et le texte ne la définit pas clairement.
Un décret nécessaire, mais insuffisant seul
Personne ne conteste la nécessité d’encadrer l’iboga face à la pression internationale croissante. Mais un décret seul ne fait pas une politique.
Pour que la régulation soit effective, les autorités devront engager un véritable travail de terrain : recenser les utilisateurs, associer les gardiens traditionnels à la commission interministérielle, et prévoir des procédures adaptées aux réalités locales.
Sans cela, le décret n°0239 risque de rejoindre la longue liste des textes gabonais bien rédigés, mais jamais véritablement appliqués.



