Enseignement supérieur : Pourquoi « l’Engagement décennal » ne fonctionne pas au Gabon

DIG / L’engagement décennal est l’un des piliers de la politique d’enseignement supérieur gabonaise : en contrepartie d’une prise en charge totale ou partielle par l’État — frais de scolarité, bourse mensuelle, parfois logement —, l’étudiant s’engage à servir l’administration ou les secteurs stratégiques nationaux pendant dix ans minima à l’issue de sa formation.

Un contrat social dont la logique est saine sur le papier, mais dont les dysfonctionnements accumulés posent de sérieuses questions.

Ce que le dispositif est censé résoudre

 L’idée de départ est cohérente : l’État investit dans la formation de ses futures élites, et celles-ci lui remboursent cet investissement par leur travail.

Dans un contexte de pénurie de cadres qualifiés dans des secteurs aussi variés que la santé, l’ingénierie, l’enseignement ou la fonction publique territoriale, l’engagement décennal est censé garantir un retour sur investissement humain pour le contribuable gabonais.

Les failles que personne ne veut vraiment corriger

En pratique, le dispositif souffre de plusieurs pathologies chroniques.

  • La première est le problème des non-retours : un nombre significatif d’étudiants boursiers formés à l’étranger ne rentrent tout simplement jamais au Gabon, ou rentrent après avoir laissé expirer leur engagement sans que les mécanismes de recouvrement ne soient jamais activés sérieusement. L’État dépense, l’étudiant part, et personne ne rend vraiment de comptes.
  • La deuxième pathologie est l’inadéquation entre les filières financées et les besoins réels du marché du travail. Pendant des années, l’État a financé massivement des études en lettres, droit ou sciences humaines — des filières dont les diplômés ont ensuite été absorbés par une fonction publique elle-même saturée, sans création de valeur productive réelle.
  • La troisième faille est structurelle : l’engagement décennal dans la fonction publique n’a de sens que si la fonction publique a de la place et des postes budgétaires pour accueillir ces diplômés. Or le gel des recrutements, la saturation des effectifs et la rigidité de la grille salariale ont transformé cet engagement en promesse parfois intenable — l’État demandant dix ans de service à des jeunes qu’il ne peut pas toujours employer dans des conditions décentes.

Ce que la décision de l’ANBG révèle

La décision récente de l’ANBG de suspendre les nouvelles bourses vers la France et de réorienter les étudiants vers le Sénégal et le Ghana éclaire d’un jour nouveau les tensions autour de l’engagement décennal.

Si l’État réduit son investissement dans la formation à l’étranger pour des raisons budgétaires, il devra simultanément revaloriser l’offre de formation nationale — sans quoi l’engagement décennal perdra progressivement son attrait pour les bacheliers les plus compétitifs, qui trouveront d’autres voies de financement sans les contraintes juridiques qui l’accompagnent.

Ce qu’il faudrait réformer

Un engagement décennal crédible en 2026 supposerait au minimum trois choses : des mécanismes de recouvrement effectifs contre les bénéficiaires qui ne respectent pas leur engagement, une adéquation rigoureuse entre les filières financées et les besoins documentés de l’économie nationale, et des postes réels à offrir aux diplômés qui rentrent.

Sans ces trois conditions, l’engagement décennal restera ce qu’il est trop souvent devenu : un formulaire signé par un jeune de 18 ans qui n’en mesure pas pleinement la portée, et oublié par une administration qui n’a pas les moyens de le faire respecter.

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La Redaction

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