DIG / Fin octobre 2023, le Conseil National des Rites et Traditions, animé par Junior Xavier Ndong Ndong, avait accordé un délai de six mois aux marabouts étrangers pour quitter le territoire gabonais.
L’annonce avait suscité de vifs débats. Trois ans plus tard, le bilan s’impose de lui-même.
Une déclaration sans valeur juridique
Le premier constat est fondamental : cet ultimatum émanait d’une organisation traditionnelle et coutumière, non du gouvernement ou du ministère de l’Intérieur.
L’État gabonais n’a jamais promulgué de décret ni d’arrêté ministériel ordonnant l’expulsion systématique des praticiens ésotériques étrangers sur cette base.
En droit, la déclaration n’avait donc aucune force exécutoire.
Pas d’expulsions massives ciblées
Sur le terrain, les services de sécurité gabonais ont continué à effectuer des contrôles d’immigration et des reconduites à la frontière pour séjour irrégulier — comme ils le font régulièrement.
Mais aucune opération ciblée visant spécifiquement la profession de marabout n’a été documentée.
De nombreux praticiens étrangers poursuivent leurs activités dans les quartiers de Libreville et de l’intérieur du pays, le plus souvent dans le secteur informel.
Un effet de signal plutôt qu’une politique
Si l’ultimatum n’a pas eu de portée exécutoire, il s’inscrivait dans un mouvement plus large de valorisation du patrimoine spirituel gabonais — Bwiti, Ndjobi et autres rites locaux — promu par les autorités.
Il a également contribué à accroître la vigilance de l’opinion publique face aux escroqueries financières et aux charlatans se réclamant de pratiques ésotériques importées.
En définitive, l’ultimatum des six mois est resté une déclaration d’intention corporatiste et coutumière, sans concrétisation législative ni administrative.
Entre la rhétorique identitaire et la réalité d’un secteur informel que l’État ne régule pas, le fossé reste entier.



