DIG / L’État a exécuté 85,5 % de ses dépenses prévues pour l’année 2025.
Ce chiffre globalement positif, révèle en réalité un choix politique assumé, mais lourd de conséquences.
Il semble que la priorité absolue soit donnée aux grands chantiers d’infrastructures, au détriment des secteurs sociaux.
Les récentes auditions des ministres à l’Assemblée nationale lors de l’examen de la Loi de Règlement 2025, ont mis en lumière ce profond déséquilibre.
Le boom des chantiers : 195 % d’exécution
Le chiffre le plus spectaculaire vient du ministère des Travaux publics.
Pour la Mission « Construction, Logement et Équipements collectifs », l’État avait prévu un budget d’environ 203,5 milliards de FCFA.
Au final, ce sont près de 398,7 milliards de FCFA qui ont été dépensés, soit un taux d’exécution exceptionnel de 195,86 %.
Cette explosion budgétaire s’explique par la multiplication des chantiers (routes, bâtiments) lancés par la Transition pour rattraper le retard infrastructurel et pour « redonner la dignité aux Gabonais ».
Le social en salle d’attente
Cependant, l’argent public n’étant pas extensible, ce « Tout-Béton » a un coût.
Les auditions ont révélé des ministères sociaux financièrement asphyxiés.
On note également l’absence de décaissements à cause de « tensions de trésorerie et de lourdeurs administratives ».
Au ministère de l’Éducation nationale, sur une enveloppe de 255,7 milliards de FCFA, seuls 45,2 milliards ont été exécutés, soit un taux famélique de 17,68 %.
Sur le terrain, cela se traduit par un manque d’enseignants, une pénurie de tables-bancs et des écoles rurales celle de Ndjolé, laissées à l’abandon.
Aux Transports, le taux d’exécution plafonne à 35,2 %. À peine 10,8 milliards dépensés sur 30,8 milliards prévus.
Une situation qui limite les marges de manœuvre de l’État pour lutter contre la cherté des billets de transport ou améliorer la sécurité routière.
Ironie et défis
Si l’on construit beaucoup de routes neuves, l’entretien du réseau existant (notamment en province) est négligé.
Le budget y alloués a été exécuté à seulement 12,3 % et on compte près de 31 milliards de FCFA de factures en attente.
Le Gabon est en pleine reconstruction, et les chantiers visibles rassurent une partie de l’opinion.
Mais ces chiffres rappellent que l’État peine encore à financer simultanément le béton et l’humain.
Le grand défi de la Loi de Finances 2027 sera de trouver ce point d’équilibre pour que le développement des infrastructures ne se fasse plus au prix de l’école et du quotidien des Gabonais.



