Huile frelatée à Libreville : Au-delà du coup de filet, les questions qui dérangent…

DIG / Le démantèlement de l’atelier clandestin de Sotega — 20 732 litres d’huile frelatée, des contrefaçons de Cuisin’Or et Viking, des conditions d’hygiène révoltantes, des ressortissants étrangers interpellés —, le 22 juillet 2026, a provoqué un choc dans l’opinion publique gabonaise.

Mais derrière l’opération spectaculaire, les questions qui s’imposent sont plus inconfortables que les réponses apportées.

Depuis combien de temps ?

C’est la première interrogation, et elle est dévastatrice. Le site de Sotega ne ressemble pas à une improvisation de quelques jours.

Bouteilles usagées, bidons, étiquettes contrefaites, raccordements artisanaux, stocks de cigarettes non déclarées : cette logistique suppose des semaines, voire des mois d’activité.

Si tel est le cas, pendant combien de temps des dizaines de milliers de litres d’huile frelatée ont-ils circulé dans les épiceries de quartier de Libreville ? Et combien de Gabonais en ont consommé sans le savoir ?

Les revendeurs savaient-ils ?

La réponse honnête est : probablement oui, au moins partiellement.

S’approvisionner hors des canaux de distribution officiels d’une marque comme Cuisin’Or — produite exclusivement par Olam — à des prix anormalement bas ne peut pas systématiquement s’expliquer par la naïveté.

Certains commerçants de quartier ont peut-être fermé les yeux, attirés par des marges plus confortables. L’enquête en cours devra trancher entre complicité passive et complicité active. Si elle s’arrête aux seuls producteurs sans remonter la chaîne de distribution, elle n’aura résolu qu’une partie du problème.

Comment distinguer le vrai du faux ?

La question pratique que se posent désormais les ménages est légitime et sans réponse simple. Des emballages parfaitement imités ou réutilisés rendent la détection quasi impossible à l’œil nu pour un consommateur ordinaire.

Or, les populations ciblées par ce réseau — celles qui achètent à l’unité dans les épiceries de quartier — sont précisément celles qui n’ont ni le temps ni les moyens de vérifier l’authenticité de chaque produit.

La contrefaçon alimentaire, contrairement au luxe, n’est pas un crime contre le pouvoir d’achat : c’est un crime contre la santé publique.

Ce que cette affaire révèle structurellement

Le vrai scandale n’est pas dans les 20 000 litres saisis. Il est dans ce que leur existence révèle : des failles béantes dans la surveillance des marchés informels, une chaîne de distribution partiellement hors contrôle, et une économie de substitution qui prospère précisément parce que les produits officiels restent trop chers pour une partie de la population.

Tant que l’écart de prix entre le marché officiel et le marché parallèle restera aussi important, les filières clandestines trouveront des clients et des complices.

L’opération de Sotega est nécessaire. Elle ne sera suffisante que si elle débouche sur des poursuites judiciaires exemplaires, une cartographie des réseaux de distribution concernés et — surtout — une réflexion de fond sur les conditions qui permettent à ce type de trafic de prospérer en plein cœur de la capitale gabonaise.

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La Redaction

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