Karpowership et la dette énergétique : Quand le Gabon emprunte pour ne pas avancer

DIG / Rarement un chef d’État gabonais n’aura dit aussi crûment la vérité sur la dépendance énergétique du pays. En révélant, le 15 juin 2025, devant l’Assemblée nationale que le Gabon a dû emprunter 35 milliards de francs CFA pour régler ses arriérés à Karpowership, Brice Clotaire Oligui Nguema a mis un chiffre et une anecdote sur ce que beaucoup pressentaient : l’État gabonais ne maîtrise plus son propre interrupteur électrique.

Un bateau qui gouverne

L’image est saisissante : une ambassadrice étrangère avertissant le chef de l’État que son pays risquait de passer les fêtes dans le noir, faute de paiement à une société privée .

Ce n’est pas une anecdote diplomatique anodine, c’est la description clinique d’une souveraineté énergétique réduite à néant.

Karpowership s’est retrouvée en position de faire pression sur un État membre de l’OPEP, disposant de gisements pétroliers et d’un potentiel hydroélectrique considérable. Comment en est-on arrivé là ?

Le syndrome de la solution temporaire devenue permanente

Le cas Karpowership ne naît pas dans le vide. Avant le bateau turc, il y avait Aggreko : solution temporaire, tarifs élevés, créances croissantes, mêmes mécanismes.

Le modèle se répète parce que les causes profondes ne sont jamais traitées, aucune centrale à gaz construite, aucun barrage finalisé dans les délais.

La solution d’urgence devient la solution par défaut, et la facture s’accumule jusqu’au point de rupture.

35 milliards de FCFA qui ne produisent pas un mégawatt

35 milliards empruntés non pour construire une infrastructure pérenne, mais pour solder la dette d’un système qui n’a augmenté la capacité nationale d’aucun mégawatt.

C’est de la dépense sans capitalisation, du financement sans actif.

Chaque franc emprunté pour Karpowership est un franc qui ne va pas à Grand Poubara, à Ngoulmendjim ou à tout autre projet susceptible de résoudre durablement l’équation énergétique gabonaise.

La politique industrielle en question

L’énergie n’est pas une variable conjoncturelle : c’est le prérequis de toute industrialisation.

Un Gabon qui ne contrôle pas sa production électrique ne peut pas sérieusement envisager de transformer son manganèse localement, de développer son bois en produits finis, ou d’attirer des industries de deuxième transformation.

La dépendance à Karpowership n’est donc pas seulement un problème budgétaire : c’est un plafond de verre sur l’ambition industrielle du pays.

Après l’aveu, quelles réponses concrètes ?

La franchise du chef de l’État mérite d’être saluée. Mais la vérité dite en tribune ne suffit pas à résoudre ce qu’elle décrit.

Quel calendrier pour réduire la dépendance à Karpowership ? Quels investissements planifiés pour les infrastructures électriques nationales ?

Le Gabon a l’eau, le gaz, et les capacités géographiques pour produire son électricité.

Ce qui lui a manqué jusqu’ici, c’est la continuité dans les choix stratégiques. L’aveu présidentiel aura-t-il cette fois valeur de point de départ ?

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La Redaction

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