DIG / La Compagnie nationale des Transports (CNT), née de la fusion de la SOGATRA et de Trans’Urb, est dotée de 125 bus pour assurer la mobilité urbaine des Gabonais. Jusque-là, la logique est claire.
Mais la nouvelle entité publique a également reçu 12 camions-citernes et 5 semi-remorques pour se lancer dans le transport de carburant.
C’est précisément sur ce volet que l’analyste Steeven Bekale tire la sonnette d’alarme.
Un marché des hydrocarbures déjà saturé
Le transport de carburant au Gabon n’est pas un secteur ouvert. Il repose sur un mécanisme de péréquation instauré depuis 1972, garantissant un prix uniforme du carburant sur tout le territoire.
Des marketeurs comme PetroGabon, Total Gabon, Vivo Energy ou OLA Énergie distribuent le produit, tandis que des transporteurs privés agréés : ITG, GTN, Yombe II, Transform, TESG, Tryam en assurent l’acheminement selon un barème tarifaire encadré.
Un écosystème structuré, employeur, et que tous les acteurs décrivent comme déjà saturé.
Un acteur public aux avantages asymétriques
Pour Steeven Bekale, l’arrivée de la CNT sur ce segment n’a rien d’une concurrence ordinaire.
Contrairement aux transporteurs privés qui doivent être rentables pour survivre, la CNT n’a besoin que de générer du cash pour compenser son déficit voyageurs. Elle bénéficie en outre d’un accès privilégié aux structures parapubliques comme Gabon Oil Company, sans nécessairement être soumise aux mêmes exigences de conformité que ses concurrents.
Sur un marché à seulement cinq marketeurs, l’entrée d’un opérateur public à flotte neuve constitue, selon l’analyste, un choc, et non une simple goutte d’eau.
L’illusion de la création d’emplois
L’argument social avancé pour justifier cette diversification (sécuriser 1 300 postes issus de la fusion) ne résiste pas à l’examen, estime Mr Bekale.
Si la CNT capte des volumes au détriment des transporteurs privés, ce sont autant d’emplois fragilisés chez ITG, GTN ou Yombe II.
La richesse ne se crée pas : elle se déplace du privé vers le public, au prix d’une structure étatique supplémentaire à financer.
Pire, affaiblir ces entreprises privées qui paient l’impôt sur les sociétés, les charges sociales, la fiscalité locale revient à tarir la source qui finance l’État lui-même.
Une diversification de trop
Steeven Bekale ne conteste pas la modernisation du transport public gabonais. Il explique que le transport en commun est une mission de service public qui justifie un soutien étatique ; le transport de carburant est une activité commerciale ordinaire, soumise à la seule logique du profit.
Mêler les deux dans une même entité publique brouille les missions et fragilise un secteur privé qui n’a pas démérité.
Sa proposition alternative : plutôt que de doter la CNT de camions-citernes, l’État aurait pu accompagner de jeunes entrepreneurs gabonais pour en faire des champions nationaux privés du transport pétrolier. Un choix qui aurait conjugué développement économique et cohérence doctrinale.



