Levée de la subventions sur les carburants : Quels risques à venir ?

DIG / Le mécanisme de stabilisation des prix à la pompe coûtait 7 à 9 milliards de FCFA par mois avant la guerre en Ukraine, 15 milliards pendant la crise, puis 30 milliards en septembre 2026, sous l’effet des tensions au Moyen-Orient.

Ce montant dépasse la moitié de l’enveloppe annuelle de 55,3 milliards fixée par la loi de finances rectificative, alors que la loi initiale n’en prévoyait que 12.

Lors du Conseil des ministres du 8 octobre 2026, le Président a demandé une réflexion sur l’allègement, voire la suppression à terme, de cette charge, sans annoncer de calendrier.

L’enjeu est donc anticipé : que se passerait-il si la subvention disparaissait ?

Premier maillon : le carburant et le transport

La pénurie de fin septembre offre un avant-goût.

À Libreville, la course de taxi à 200 FCFA se négocie entre 300 et 400 FCFA, et le trajet vers Akanda ne descend pas sous 1 500 FCFA, sans qu’aucun tarif officiel n’ait été publié.

Sur l’axe Fin Goudron-Gare routière, le taxi-bus est passé de 400 à 500 FCFA, un tarif maintenu malgré le retour progressif de l’approvisionnement depuis le 4 octobre.

Soit +25 % en quelques jours, sans hausse du prix à la pompe : un retrait de la subvention ancrerait ce niveau durablement voire l’amplifierait.

Au Nigeria, où le litre a presque triplé après la fin des subventions en 2023, les tarifs de transport ont bondi de 77 % en un an.

Deuxième maillon : l’alimentation et l’ensemble des prix

Le Gabon importe l’essentiel de son alimentation, qui arrive par camions depuis les ports et les frontières : le coût du transport entre donc dans chaque produit vendu sur les marchés.

Aujourd’hui, ce lien est amorti : l’inflation annuelle n’était que de 0,9 % au premier trimestre 2026, contre 1,4 % un an plus tôt, et les prix du transport reculaient de 0,6 %. Cette stabilité est liée au maintien des subventions, comme le soulignent les analyses de la presse économique locale. Au Nigeria, la même transmission a porté l’inflation alimentaire de 22 % à 27 % en un an, puis près de 40 %, aggravée par la dépréciation de la monnaie, ce qui n’est pas le cas au Gabon, protégé par le franc CFA.

Troisième maillon : des revenus qui ne suivent pas

Si les prix montent sans hausse des revenus, le pouvoir d’achat réel recule d’autant, et l’effet est plus brutal pour les ménages modestes, qui consacrent la plus grande part de leur budget à l’alimentation et au transport.

Les salaires s’ajustent lentement, tandis que les prix des taxis ou des denrées réagissent en quelques jours et redescendent rarement après la crise, comme le déplorent déjà les usagers.

L’asphyxie des ménages vient de ce décalage entre des dépenses contraintes qui montent vite et des revenus qui restent fixes.

Réformer, mais avec des amortisseurs

Les arguments budgétaires sont sérieux : le communiqué gouvernemental souligne que ces sommes priveraient l’investissement dans la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté.

Mais la pénurie a aussi montré que le maintien des prix ne suffit pas lorsque la disponibilité physique des produits n’est pas assurée.

La réussite d’une réforme dépend donc de son séquençage : sécurisation de l’approvisionnement et des stocks, encadrement des tarifs de transport, transferts ciblés vers les ménages vulnérables et revalorisation des revenus, avant toute hausse à la pompe.

Sans ces garde-fous, les économies budgétaires se paieraient par une perte de pouvoir d’achat et des tensions sociales. 

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La Redaction

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