DIG / L’ordonnance d’une expertise judiciaire au quartier Soduco, dans le 5e arrondissement de Libreville, sème le trouble et l’angoisse parmi les riverains, installés pour certains depuis plus de 60 ans.
Ce conflit met en exergue l’épineuse confrontation entre la sacralité du titre foncier moderne et la légitimité d’une occupation humaine historique, un défi récurrent en République Gabonaise.
Selon un reportage de Gabon 24 diffusé le 17 juin 2026, le spectre des démolitions de masse plonge les familles de Soduco dans une détresse profonde.
L’angoisse des riverains face à l’effacement d’une vie
Pour les habitants, l’antériorité sur le terrain constitue leur principal bouclier moral. C’est le cas de Maria Tsastsabi, témoignant de son arrivée sur ce site en 1962, à une époque où la zone n’était qu’un espace vierge.
Aujourd’hui, des résidentes comme Déborah Moussavou expriment la crainte collective de voir un pan entier du quartier — s’étendant de la SMAG jusqu’au pont — réduit en poussière après un an de tensions latentes.
Pour ces populations, l’accès à la propriété s’est fait de bonne foi par l’usage décennal, rendant l’idée d’un déguerpissement humainement inacceptable.
La rigueur de la loi face à la réalité sociale
Du côté du droit positif, la réalité est plus pragmatique et se base sur les documents officiels.
L’avocat de la société revendiquant la parcelle, Me Ghislain Saint-Val Moutsinga, précise que la procédure actuelle n’est pas une phase de démolition immédiate, mais une expertise technique.
Elle vise à :
-Déterminer avec exactitude l’étendue et les limites du titre foncier de son client.
-Identifier formellement toutes les personnes installées sous l’emprise de ce titre.
Bien que l’expulsion légale reste l’horizon juridique si le tribunal valide la requête, le conseil assure que l’entreprise s’engagera dans une phase de pourparlers avec les familles concernées avant toute action définitive.
Un arbitrage foncier délicat pour l’État
Cette affaire illustre parfaitement le paradoxe du foncier au Gabon où le titre de propriété est constitutionnellement inattaquable, mais se heurte parfois à des réalités sociales vieilles de plusieurs décennies.
En attendant les conclusions de l’expert, l’enjeu dépasse le simple cadre juridique : il s’agit d’éviter une crise humanitaire locale dans une zone où des générations entières ont bâti leur vie.



