DIG / Un référé de la Cour des comptes daté du 21 janvier 2010, portant sur les exercices 1986 à 1994 de la Commune de Libreville, dresse un constat sévère de la gestion des ressources humaines de la capitale, un diagnostic vieux de plusieurs décennies mais qui résonne étrangement avec les débats actuels sur la gouvernance municipale.
Une masse salariale hors de contrôle
Selon ce document adressé au ministre de l’Intérieur, l’absence de tout statut régissant le personnel municipal a produit des effectifs pléthoriques, recrutés « sur la base de critères subjectifs tels que l’appartenance politique, clanique ou familiale ».
Conséquence chiffrée : la masse salariale représentait alors plus de 60 % du budget de la commune, contre un seuil généralement jugé soutenable autour de 30 à 40 % pour une collectivité locale.
Un maire condamné à plus de 2,5 milliards de FCFA au total
Le recueil documente, par ailleurs, sur une période ultérieure (1997-2000), la condamnation de l’ancien maire de Libreville Paul MBA ABESSOLE : plus de 2,074 milliards de FCFA de débet, assortis d’une amende de 500 millions de FCFA pour gestion de fait (soit un total dépassant 2,57 milliards de FCFA) mis à la charge d’un seul édile.
Sur d’autres exercices, la commune a également été sanctionnée pour entrave à l’action de la Cour, à hauteur de 1,5 million de FCFA d’amende, pour refus de communiquer les documents demandés par les magistrats.
Une opacité à trois vitesses
La Cour distingue trois catégories de personnel à la mairie : agents relevant du code du travail, agents sous statut général de la fonction publique, et des agents « sans statut », rémunérés de façon forfaitaire et non déclarés ni au fisc ni aux organismes sociaux une zone grise dont l’ampleur numérique n’est pas chiffrée dans le référé lui-même, faute de registre fiable, ce qui constitue en soi une donnée révélatrice.
Un mal plus large que la seule capitale
La Cour précise que cette situation ne se limite pas à Libreville : les contrôles menés sur d’autres collectivités locales, notamment les communes de Port-Gentil, Franceville, Koula-Moutou et Owendo (toutes citées ailleurs dans le recueil pour des faits de gestion de fait) montrent une absence récurrente de cadre réglementaire pour la gestion du personnel municipal à l’échelle nationale.


