DIG / La Direction générale de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire a démenti, dans un communiqué daté du 6 juillet 2026 , des allégations de malversations financières relayées en ligne, évoquant la disparition de centaines de carnets d’ordres de recettes et d’ordres d’encaissement.
L’affaire n’a pourtant rien d’inédit : des accusations similaires de détournement de fonds et de surfacturation avaient déjà visé l’agence en novembre 2025, avec en réponse les mêmes éléments de langage sur la traçabilité des opérations et un contrôle croisé hebdomadaire entre délégations provinciales et service financier.
La répétition de l’épisode, huit mois plus tard, interroge davantage sur la solidité réelle des mécanismes de contrôle interne que sur la bonne foi des internautes à l’origine des révélations.
Des chiffres qui répondent à une question qu’on ne pose pas
Pour étayer sa défense, l’AGASA met en avant la progression de ses recettes, passées de 1,94 milliard FCFA en 2023 à 2,91 milliards en 2025.
Cet argument, déjà mobilisé lors de la précédente polémique, ne répond cependant pas directement à l’accusation portée : la disparition physique de carnets d’ordres ne concerne pas le niveau des recettes collectées, mais la traçabilité des documents comptables eux-mêmes.
Une agence peut afficher une collecte en hausse tout en peinant à rendre compte de chaque carnet émis sur le terrain, notamment dans les délégations provinciales où s’opère le gros du contact avec les opérateurs économiques.
La promesse d’audit, un test de crédibilité qui reste à honorer
En novembre 2025 déjà, la direction s’était dite prête à se soumettre à un audit administratif, financier et opérationnel couvrant une décennie d’activité, une offre qui n’a, à ce jour, débouché sur aucune publication de résultats connue.
Le communiqué de juillet 2026 ne relance pas explicitement cette proposition, se contentant d’un démenti et d’un rappel des bonnes performances de gestion.
Ce silence sur l’audit, alors même que la même controverse ressurgit, affaiblit la portée du démenti : sans vérification indépendante rendue publique, l’opinion est renvoyée à un rapport de confiance plutôt qu’à un examen des faits.
Une gouvernance sous pression, entre image et vérification
Au-delà du cas de l’AGASA, cette séquence illustre une tension récurrente dans plusieurs agences et régies publiques gabonaises : la gestion de carnets de recettes physiques, souvent décentralisée dans les provinces, reste un point de vulnérabilité structurel face aux soupçons de détournement.
Tant que les autorités de tutelle ne publient pas les conclusions d’audits indépendants sur ces établissements, chaque nouvelle vague d’accusations sur les réseaux sociaux continuera de trouver un terrain fertile, quelles que soient la réalité des faits et la sincérité des démentis.



