DIG/ Mises côte à côte, les évolutions de la masse salariale de la Présidence de la République, de l’Assemblée nationale, de la Cour constitutionnelle et de la Haute Autorité de la Communication (HAC) dessinent un paysage budgétaire à deux vitesses.
D’un côté, deux institutions voient leurs moyens s’envoler : la Présidence, dont la masse salariale bondit de 190 %, passant de 6,25 à 18,09 milliards de FCFA, et la HAC, en hausse de 85,7 %, de 860 millions à 1,6 milliard de FCFA.
De l’autre, deux institutions se resserrent : l’Assemblée nationale recule de 16,9 %, à 6,25 milliards de FCFA, et la Cour constitutionnelle s’effondre de 47,1 %, à 1,62 milliard de FCFA. Entre les deux extrêmes, la Présidence qui triple et la Cour constitutionnelle qui perd près de la moitié de son enveloppe, l’écart de trajectoire est total.
Deux logiques de hausse, deux logiques de baisse
Le détail des chiffres révèle que ces évolutions ne procèdent pas toutes des mêmes ressorts. À la HAC, la hausse s’explique presque exclusivement par le doublement des effectifs, le salaire moyen par agent reculant même légèrement, de 22 à 20,2 millions de FCFA.
À la Présidence, en revanche, la progression combine hausse des effectifs et forte revalorisation individuelle, le coût moyen par agent bondissant de 4,4 à 10,9 millions de FCFA.
Côté baisses, même dissymétrie : l’Assemblée nationale voit sa masse salariale reculer plus vite que ses effectifs (-16,9 % contre -4,1 %), signe d’un ajustement salarial modéré, tandis que la Cour constitutionnelle cumule recul des effectifs et chute sévère du salaire moyen, de 24,1 à 15,7 millions de FCFA.
Une hausse par le volume ne pèse jamais aussi lourd, budgétairement, qu’une hausse par le taux, et c’est précisément ce qui distingue la HAC de la Présidence.
Une hiérarchie des rémunérations qui se renverse
Le fait le plus révélateur tient sans doute à la recomposition de la hiérarchie salariale entre ces quatre institutions.
En 2025, la Présidence affichait de loin le salaire moyen le plus bas des quatre, à 4,4 millions de FCFA par agent, très loin derrière la Cour constitutionnelle (24,1 millions), la HAC (22 millions) et l’Assemblée nationale (17,1 millions).
Un an plus tard, cette hiérarchie a presque totalement basculé : la Présidence atteint 10,9 millions de FCFA, tandis que la Cour constitutionnelle recule à 15,7 millions et l’Assemblée nationale à 14,8 millions.
L’écart qui séparait la Présidence des trois autres institutions, de l’ordre de quatre à cinq fois en 2025, se réduit à moins de 50 % en 2026, un rattrapage aussi rapide qu’inexpliqué.
Ce que ces quatre trajectoires disent de l’effort budgétaire 2026
Prises ensemble, ces quatre institutions illustrent la difficulté à parler d’un effort de rigueur budgétaire homogène pour 2026.
Si l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle contribuent bel et bien à la maîtrise de la dépense de personnel, la seconde de façon particulièrement sévère, la Présidence et la HAC absorbent, et au-delà, l’ensemble de ces économies : la seule hausse de la Présidence (+11,84 milliards de FCFA) dépasse largement les baisses cumulées de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle (-2,7 milliards de FCFA au total).
Le budget 2026 des institutions de la République ne raconte donc pas une histoire de rigueur généralisée, mais celle d’un déplacement de la dépense : moins pour les uns, sensiblement plus pour d’autres, une redistribution dont les critères restent, à ce jour, non explicités par les autorités gabonaises.



