DIG/ Lors de sa rencontre avec les responsables régionaux de TikTok le 13 juillet 2026 à Genève, le ministre de l’Economie Numérique Mark-Alexandre Doumba a mis en avant la lutte contre la désinformation, le cyberharcèlement et les discours de haine comme priorités du gouvernement gabonais.
Pourtant, l‘examen du détail des 23 504 contenus supprimés au premier trimestre 2026 raconte une histoire différente.
Sur ce total, 13 930 publications concernent la sécurité et le bien-être des mineurs, tandis que 17 225 contenus sont classés comme à caractère sexualisé et 12 883 relèvent d’abus sexuels ou physiques visant des enfants.
Ces trois catégories, qui se recoupent largement, représentent l’écrasante majorité des suppressions opérées par la plateforme, loin devant les enjeux de désinformation politique explicitement cités par les autorités.
Un déséquilibre qui interroge les priorités affichées
Ce contraste entre le discours et les chiffres n’est pas anodin. Il révèle que le problème structurel auquel TikTok fait face au Gabon, comme ailleurs dans le monde, tient d’abord à la protection des mineurs contre l’exploitation et la sexualisation en ligne, un phénomène documenté de longue date sur les plateformes de vidéos courtes.
En insistant publiquement sur la désinformation et le cyberharcèlement, la communication gouvernementale semble orienter le débat vers des enjeux plus visibles politiquement, alors que l’essentiel du travail de modération porte sur une problématique plus grave et plus silencieuse : la sécurité des enfants gabonais exposés à ces contenus.
Des indicateurs de performance qui ne disent pas tout
TikTok revendique que 99,8 % des contenus en infraction ont été retirés avant signalement des utilisateurs et que 92,9 % l’ont été avant tout visionnage.
Ces taux, aussi flatteurs soient-ils, ne renseignent en rien sur le volume de contenus problématiques qui échappent encore à la détection automatisée, ni sur le temps d’exposition réel des mineurs à ces publications avant leur retrait.
La performance affichée par la plateforme reste une mesure de son propre système, sans contre-expertise gabonaise permettant de vérifier si les mineurs du pays sont effectivement mieux protégés depuis la suspension des réseaux sociaux de février.
La protection des mineurs, angle mort du suivi réglementaire
Alors que l’ordonnance gabonaise encadrant les réseaux sociaux prévoit une période de mise en conformité de douze mois, aucun indicateur spécifique à la protection des mineurs n’a été rendu public pour mesurer les progrès de TikTok sur ce terrain précis au Gabon.
Or c’est justement ce volet, largement majoritaire dans les statistiques trimestrielles de la plateforme, qui devrait constituer le critère central d’évaluation de cette coopération.
Faire de la sécurité des enfants la priorité affichée autant que la priorité réelle du dialogue entre Libreville et TikTok permettrait de mieux aligner le discours institutionnel sur l’urgence que révèlent les chiffres eux-mêmes.



