DIG / Reçue le 12 octobre par le ministre de la Justice Augustin Emane, la délégation conduite par Swiss Invest et son partenaire technique Karlinblok a présenté un avant-projet d’une prison à Nkoltang estimé à 45 milliards de FCFA.
Or le financement reste, « en cours de finalisation ». Aucun don n’est donc acté, et rien n’indique qu’il s’agisse d’une aide d’État à État.
Quel montage financier ?
Swiss Invest est un groupe d’investissement, non une agence de coopération.
La question du montage s’impose : partenariat public-privé avec loyer versé par l’État, prêt adossé à la dette publique, ou contrat clé en main payé sur plusieurs exercices ?
Chaque formule engage différemment les finances publiques. Rapporté aux 1 108 places prévues, le coût avoisine 40 millions de FCFA par détenu, un niveau qui appelle des explications sur le périmètre exact (casernement de 200 agents, ateliers, structure sanitaire).
Transparence et gouvernance
À ce stade, rien n’est dit sur la procédure de sélection des partenaires : appel d’offres, appel à manifestation d’intérêt ou négociation directe ? Rien non plus sur le calendrier, les garanties de l’État, l’exploitation future ou l’entretien de l’ouvrage, souvent la part la plus lourde à long terme.
Un projet de cette ampleur gagnerait à être soumis à la validation parlementaire et à l’examen des bailleurs, au moment où le PLF 2027 fixe les priorités budgétaires.
Une prison, mais pour quel résultat ?
L’ambition affichée est de désengorger les prisons et d’humaniser la détention.
Mais la surpopulation tient aussi à la détention préventive et à la lenteur des procédures.
Sans réforme de ces leviers, une infrastructure de 1 108 places risque d’être saturée rapidement.
Le véritable test sera donc double : un financement soutenable et transparent d’abord, des résultats mesurables sur les conditions de détention et la réinsertion ensuite.


