Où sont passés les milliards de francs des projets « Dorade », « Mangouba », « Nyonié » et «  Opus One » ?

DIG/ Comme pour justifier l’échec de la promesse faite par Ali Bongo Ondimba de construire 5000 logements par an, le quotidien pro-gouvernemental « L’Union » a décidé de sortir les différents dossiers prouvant que des sommes importantes ont été débloquées pour la construction de logements sociaux.

Sauf que ces centaines de milliards de francs ont été détournés par des personnalités très proches de l’appareil étatique et qui, dit-on, prenaient « leurs ordres de mission » au Palais du Bord de mer.

Cet abus de confiance serait aujourd’hui à l’origine de l’abandon de tous ces grands projets lourdement financés par le contribuable gabonais. Revue des effectifs.

 

Dorade

Ce projet visait la construction de 827 logements sociaux pour un montant global de plus 52 milliards financé par l’Etat et un emprunt BGFI. Malheureusement, ce marché attribué à l’entreprise EGCA a fait l’objet de plusieurs anomalies, aux plans contractuel et financier.

En effet, il ressort que le contrat-cadre signé entre BGFI et la Société nationale immobilière (SNI), pour l’emprunt d’un montant de 100 milliards en vue de financer la construction des logements sociaux sur l’ensemble du territoire national, dont le lotissement « Dorade », précisait des obligations à respecter par les entreprises soumissionnaires.

Ce que ne pouvait faire l’entreprise en question citée plus haut. M. Magloire Ngambia, aurait, comme toujours, été à la manœuvre, écartant ainsi les sociétés à l’expertise pourtant avérée dans le domaine.

EGCA aurait perçu plus de 22 milliards de francs pour les travaux d’aménagement et de viabilisation de ce lotissement, soit près de 90% du montant dudit marché, bien que l’avancement des travaux ait été estimé à moins de 70%. Pour la construction des logements, plus de 15 milliards ont été débloqués à son profit.

Sauf que dans un rapport de la SNI daté du 30 octobre 2017, la facture réelle des travaux réalisés s’élèverait à un peu plus de 3 milliards seulement. Donc, il y aurait un trop perçu de 12 milliards. Malgré ces soupçons de contrefaçons, d’autres irrégularités vont apparaître.

En 2016, après « vérification » par les services techniques du ministère des Travaux publics, de fausses factures présentées par EGCA (immobilisations et travaux) d’un montant global de plus de 10 milliards de francs ont été validées par l’administration… Elles  seraient en instance de paiement.

Concernant l’indemnisation des populations déguerpies de la zone Dorade, 500 millions de francs auraient, selon diverses sources dignes de foi, servi au paiement sur la base du recensement effectué par le ministère des Travaux publics, à travers la DGIT, citée plus haut.

Plus généralement, l’analyse des paiements effectués par BGFI, dans le cadre de l’emprunt de 100 milliards, révèle la facturation de trois prestations non contractuelles, à savoir: le financement d’un projet de construction d’immeubles à Libreville et Port-Gentil ordonné par le ministre Ngambia, le paiement d’honoraires à la SNI ; le paiement de plusieurs entreprises sous-traitantes qui n’ont pas fourni de caution solidaire.

Mangouba

L’une des affaires qui aura défrayé la chronique politico-judiciaire au tout début de Mamba, est le projet Mangouba. Il s’agit des travaux d’aménagement, de viabilisation et de construction de 1000 parcelles du lotissement situé à Angondjé, dans la commune d’Akanda, sur une superficie de 120 ha, pour un montant total de 36 milliards de francs.

Le financement du projet : un emprunt de 20 milliards contracté auprès des banques UGB et BICIG. Mais aussi 16 milliards du Fonds Routier de troisième génération (FER 3). La société nationale immobilière (SNI), promoteur immobilier national, l’Agence nationale des grands travaux (ANGT) chargée des études d’aménagements (voie d’accès et autres actions), ainsi que d’autres partenaires étaient impliqués dans ce chantier.

Il ressort, sur le plan contractuel, que ce marché a été attribué à l’Entreprise gabonaise de carrosserie et d’acconage (EGCA), dont le patron est Mohamed Ait Ben Ali, de nationalité marocaine.

Or, cet établissement n’a pas d’agrément dans le BTP. Son choix aurait été fait sur instruction du ministre Magloire Ngambia, sans consultation de la direction générale des marchés publics (DGPM). Et de la SNI, qui aurait été écartée des négociations de l’accord de prêt.

Pour le reste, l’on a appris que 15 milliards avaient déjà été débloqués par les banques. Mais celles-ci décideront de suspendre les paiements complémentaires, constatant après coup, que les travaux sur le site ne justifiaient en rien les enveloppes mises à disposition. Pis, le bureau de contrôle et de validation des ouvrages et des paiements n’a pu exécuter son contrat qu’un an après le démarrage des travaux.

Par ailleurs, suite aux investigations menées sur le terrain, il a été établi que EGCA, adjudicatrice dudit marché, a également travaillé pendant la même période et avec les mêmes engins sur un site de 53 ha proche du lotissement Mangouba, appartenant à la société GAZUP dont le propriétaire n’était autre que celui de EGCA. Lequel, avait reçu ce lotissement, à titre gracieux, du ministre Ngambia, à l’époque en charge de l’habitat, a-t-on appris.

Dans tous les cas, aucune preuve fiable d’un quelconque financement de l’aménagement de ce lotissement par la société GAZUP que gérait Arcaduis Allogho, un proche du ministre qui se serait planqué aujourdhui en France, n’a été présentée aux enquêteurs.Les investigations menées par les forces de défense et de sécurité ont permis de confondre les principaux acteurs de cet imbroglio financier et de les inculper pour divers délits et infractions.

Parmi ces personnages, sont cités :  Magloire Ngambia, incarcéré pour corruption passive et ingérence de fonctionnaires dans les affaires incompatibles avec leurs qualités;  Mohamed Ait Ben Ali pour des faits de détournement de deniers publics et corruption active, abus de confiance;  Christian Nkero Capito, conseiller financier de M. Ngambia, incarcéré pour des faits de corruption passive et d’ingérence des fonctionnaires dans les affaires incompatibles avec leurs qualités.

                                                                      Nyonié

L’affaire Nyonié, du nom du projet de développement d’un complexe touristique sur 30 km de côte nationale, situé dans le Komo-Océan, a éclaté au grand jour lors des investigations menées pour faire la lumière sur la non-réalisation de nombreux chantiers.

Celui-ci comprenait la réalisation de diverses infrastructures : un hôtel de 350 chambres avec convention, un spa, un yacht club, des villas sur la mer, une marina, un village pour le personnel. Engloutis, comme qui dirait, sous les eaux.
Pour sa réalisation et sa gestion, une compagnie dénommée Nyonié Développement va être créée, avec l’Etat gabonais, la Caisse de dépôts et de consignations (CDC), le groupe EGCA/Satram, la société Wally et le Fonds gabonais d’investissement stratégique (FGIS), comme actionnaires. Un capital de 21 milliards dont 11 milliards apportés par l’Etat gabonais (3 milliards en numéraire et 8 milliards en foncier).

Principaux faits constatés: l’aménagement de ce lotissement sera confié à EGCA, de gré à gré en 2013, par le titulaire du ministère des TP et de l’Habitat, en totale violation du Code des marchés publics. Là aussi, la question que se sont posés les enquêteurs est de savoir pourquoi et comment cette société a obtenu ce marché ?

Sur le plan financier, le règlement de ce contrat, qui devait être imputé sur le budget du Fonds d’entretien routier (FER 3) pour l’exercice 2012-2013, ne sera pas, comme il est d’usage, signé par le directeur général, chargé des paiements de la dépense. C’est plutôt les signatures du ministre cité plus haut et du directeur général du Budget de l’époque et, bien évidemment, de sieur Mohamed qui y sont apposées. Ce qui a surpris la Justice.

Pour l’exécution des travaux, l’entreprise va émettre une facture pour règlement à l’Etat d’un montant de sept (7)  milliards et trois autres factures relatives aux immobilisations s’élevant à quatre (4) milliards, soit, un total facturé de onze (11) milliards dans la plus grande confusion. Car, ces documents apparaissent « non certifiés », donc inéligibles pour paiement, si l’on s’en tient aux procédures en vigueur en République gabonaise au niveau de la chaîne de la dépense.

                                                             Opus One  

LE marché du lotissement Opus One situé à Nkok, a été signé le 30 mai 2012 entre la Société nationale immobilière (SNI) et Sobea-Gabon pour plus de 41 milliards de nos francs.

A ce jour, 76% du montant total du marché, un peu plus de 31 milliards ont déjà été décaissés. Pourtant, selon un audit effectué, en 2016, seuls 377 logements étaient en cours de construction sur les 746 prévus. L’enquête menée sur ce projet a permis de relever plusieurs anomalies sur le plan financier.

En effet, différentes factures pour le règlement sont apparues non conformes. On y a relevé une absence totale de documents techniques et contractuels justifiant des décaissements effectués (CPA, décomptes, attachement). Ce qui renforce le caractère assez flou et confus de ce dossier, tout comme, les doutes sur les ressorts réels de la direction prise par les fonds. Aiguisant ainsi la curiosité des limiers de la police judiciaire pour faire la lumière sur les transactions opérées. Car, ce projet aurait dû, en principe, être livré avec de tels montants.

Pour ce marché, des indices concordants laissent penser qu’il était géré directement par le patron du ministère de tutelle de l’époque, Magloire Ngambia, pour ne pas le citer. Là où le bât  blesse sur cette affaire, c’est que le terrain du lotissement Opus One est toujours la propriété de la société Ecowood, une entreprise chinoise d’exploitation de bois.

Pour son transfert au profit de la SNI, l’Etat devra préalablement procéder au règlement du solde des sommes dues. Cette situation pourrait compromettre gravement la commercialisation, les prospects ne pouvant bénéficier de crédits bancaires, pour diverses raisons.

(Source : L’Union)

 

 

 

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