DIG/ À Libreville, le scénario est devenu presque prévisible : une tension soudaine sur le gaz butane, de longues files d’attente aux points de distribution, des rayons vides chez les revendeurs, puis des prises de parole rassurantes des autorités pétrolières.
Si la Société Gabonaise d’Entreposage de Produits Pétroliers (SGEPP) s’active à chaque alerte, cette instabilité traduit un problème structurel que les procédures d’urgence ne font que différer.
Une gestion au coup par coup qui ne trompe plus personne
Dès qu’un retard maritime survient — comme lors des difficultés de livraison du navire-gazier Gas Yildiz —, toute la chaîne d’approvisionnement de la capitale vacille. L
La SGEPP déclenche ses protocoles habituels : traitement prioritaire des navires au port, fonctionnement continu des centres d’enfûtage, rotations accélérées des camions.
Ces mesures permettent de résorber la tension à court terme — mais elles interviennent toujours après que la psychose du manque s’est déjà emparée des ménages.
Trois failles structurelles qui se répètent
La récurrence de ces crises s’explique par trois facteurs bien identifiés. La première faille est la dépendance aux importations : malgré son statut de producteur d’hydrocarbures, le Gabon ne dispose pas des capacités de raffinage suffisantes pour couvrir sa consommation nationale en gaz butane.
La deuxième est le stockage en flux tendu : l’absence de réserves stratégiques à grande échelle laisse peu de marge de manœuvre — un décalage de quelques jours dans la chaîne logistique suffit à paralyser les points de vente.
La troisième est le cercle vicieux de la surconsommation anxieuse : face à la peur de la pénurie, les usagers stockent plusieurs bouteilles à domicile, créant une pénurie artificielle qui alimente la spéculation sur le marché noir, où les prix dépassent largement le tarif officiel de 5 000 FCFA.
Rompre le cycle : de la réaction à l’anticipation
Pour sortir durablement de cette instabilité, le secteur énergétique doit passer d’une logique de gestion de crise à une stratégie d’anticipation.
Deux leviers sont indispensables : l’augmentation significative des capacités d’entreposage de la SGEPP pour constituer de véritables réserves stratégiques, et la valorisation accrue du gaz naturel produit localement pour réduire la dépendance aux importations maritimes.
Tant que ces chantiers resteront en suspens, la prochaine pénurie de gaz butane à Libreville ne sera qu’une question de temps.



