DIG / Ragasel S.A., le seul groupe de raffinage de sel du pays, traverse une tempête financière majeure.
Plombée par un déficit de 976 millions de FCFA, l’entreprise voit son avenir directement menacé, poussant ses actionnaires au pied du mur à la veille d’une assemblée générale extraordinaire convoquée pour ce 3 novembre à Libreville.
La règle couperet du droit OHADA
La situation financière de Ragasel a franchi un seuil légal d’alerte maximale.
Le montant des pertes enregistrées dépasse désormais la moitié de son capital social, établi à 1,95 milliard de FCFA.
En vertu du droit des affaires des États membres de l’OHADA, ce niveau de déficit déclenche automatiquement une procédure d’alerte d’urgence.
La loi impose aux actionnaires de se prononcer sans délai sur le sort de la structure.
Scénario
Soit c’est la dissolution anticipée avec une mise en liquidation pure et simple de la société, soit c’est la restructuration d’urgence, avec un plan de sauvetage financier pour renflouer les caisses.
Pour tenter d’éponger une partie du gouffre financier et éviter la cessation immédiate d’activité, la direction de Ragasel envisage une solution de la dernière chance, à savoir la cession de ses actifs immobiliers.
Un enjeu stratégique pour l’indépendance nationale
Au-delà de la santé d’une entreprise privée, c’est un pan entier de l’indépendance alimentaire et industrielle du Gabon qui vacille.
En tant qu’unique raffinerie de sel du territoire, Ragasel détient un monopole de fait sur la transformation d’une ressource minérale essentielle.
Une interruption prolongée de ses opérations de raffinage contraindrait le pays à recourir massivement aux importations pour satisfaire les besoins de la population et du tissu agroalimentaire local.
L’ombre de l’audit gouvernemental sur Delta Synergie
La crise de Ragasel intervient dans un contexte politique et économique particulièrement tendu autour de son actionnariat.
29,1 % du capital de la raffinerie est aux mains de Delta Synergie, la puissante holding de la famille Bongo.
Depuis mars 2024, Delta Synergie fait l’objet d’un audit gouvernemental rigoureux ordonné par les autorités.
Cette enquête vise à passer au peigne fin les conditions d’acquisition des nombreuses participations de la holding dans l’économie nationale.
Dernière chance
L’assemblée générale du 3 novembre2026 à Libreville s’annonce donc électrique.
Entre impératif de sauvegarde industrielle et incertitudes sur la restructuration du capital de Delta Synergie, les actionnaires devront trancher vite.
Un échec des négociations scellerait la fin du monopole national du raffinage de sel, laissant le marché à la merci des approvisionnements extérieurs.


