DIG / Le 15 juillet 2026, la mairie de Libreville lance la phase opérationnelle de sa campagne de Restauration de l’Ordre Urbain (ROU).
Le maire Eugène M’ba a accordé un délai exceptionnel de trois jours aux opérateurs économiques et aux habitants pour procéder volontairement à leur mise en conformité avant le déclenchement des déguerpissements, démolitions de constructions irrégulières et enlèvements d’épaves.
Les occupants, eux, réclament des alternatives crédibles avant de plier bagage.
Un air de déjà-vu inquiétant
Le problème, c’est que cette opération n’est pas une première. En janvier 2024, une première campagne avait été lancée avec tambours et trompettes avant d’être brusquement arrêtée quelques jours plus tard.
Elle avait repris en mai 2024, avec des résultats peu probants. Le constat était indéniable : l’opération n’avait pas produit de résultats probants. Après avoir été déguerpis, les commerçants étaient revenus de plus belle aux abords des trottoirs, notamment à Awendjé, Nzeng Ayong et aux Charbonnages.
Libreville s’apprête donc à déguerpir pour la troisième fois en deux ans les mêmes occupants, sur les mêmes trottoirs. Sans analyser pourquoi les deux premières tentatives ont échoué, la troisième a peu de chances de produire des résultats différents.
Le vrai problème : l’absence d’alternatives crédibles
L’économie informelle demeure un pilier de survie pour une partie importante de la population urbaine. Les occupants des trottoirs ne sont pas des contrevenants par incivisme — ils sont là parce qu’ils n’ont nulle part ailleurs où aller.
La municipalité a visité le site du PK12, retenu pour accueillir les commerçants concernés par les réaménagements, mais l’expérience des éditions précédentes montre que ces sites de relocalisation sont soit trop éloignés, soit déjà saturés.
Ce qui ferait la différence cette fois
L’expérience de nombreuses métropoles africaines démontre qu’aucune politique de déguerpissement ne produit d’effets durables lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de relocalisation et d’insertion économique.
Pour que la ROU 2026 ne rejoigne pas le cimetière des opérations avortées, la mairie devra répondre à trois questions concrètes que les occupants posent légitimement :
- Où irons-nous exactement ?
- Qui garantit que les nouveaux espaces seront viables commercialement ?
- Et que se passera-t-il dans six mois quand les agents municipaux ne seront plus là ?
La campagne qui s’ouvre constituera un test grandeur nature de la capacité des autorités locales à imposer durablement les règles qui fondent la ville moderne — et à ne pas reproduire l’échec des éditions précédentes.



