DIG / Lors de son discours sur l’état de la Nation le 15 juin, 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé la séparation définitive des activités eau et électricité de la SEEG, actant la fin d’un modèle intégré vieux de plusieurs décennies.
L’intention est claire. Mais la mécanique opérationnelle, elle, reste largement à préciser.
Qui héritera du réseau de distribution d’eau ? Quel opérateur pilotera la production électrique ? L’annonce présidentielle ouvre autant de questions qu’elle en résout.
Deux métiers, deux logiques, deux dossiers à démêler
La future entité « eau » prendra en charge la distribution, la lutte contre les fuites et l’accès universel, tandis que la branche « électricité » se concentrera sur la production, le transport haute tension et la modernisation du réseau.
Sur le papier, la distinction est rationnelle. Dans les faits, la confusion des comptes et des arbitrages d’investissement a longtemps desservi les deux activités. Séparer les bilans est nécessaire ; ce n’est pas suffisant si les dettes historiques de la SEEG ne sont pas préalablement assainies.
Le spectre du privé : Suez pour l’eau, et pour l’électricité ?
Un partenariat entre la SEEG et le groupe français Suez, noué en avril 2025, laisse entrevoir un rôle technique majeur dans le futur périmètre hydrique.
Du côté de l’électricité, plusieurs projets de barrages dont ceux de la Ngounié et du Komo, attendent un cadre institutionnel stabilisé pour franchir leurs étapes décisives.
La question du recours à un opérateur privé pour l’une ou l’autre des branches reste en suspens, et c’est précisément ce silence qui nourrit les spéculations.
Un calendrier serré, des chantiers redoutables
Audit, évaluation patrimoniale, transfert des actifs en 2026 ; lancement officiel des deux sociétés autonomes en 2027 : le calendrier est ambitieux.
Il l’est d’autant plus que la SEEG compte 2 300 agents pour seulement 300 ingénieurs et quelque 500 agents de terrain, une structure jugée pléthorique par le chef de l’État lui-même.
La répartition équitable des ressources humaines entre les deux futurs opérateurs s’annonce comme l’un des chantiers les plus délicats de la Ve République.
Deux monopoles plutôt qu’un : la gouvernance comme variable décisive
La scission ne règle rien si la gouvernance reste défaillante.
Sans cadres compétents ni plan d’investissement clair, le Gabon risque de passer d’un monopole inefficace à deux monopoles inefficaces.
Le rôle de régulation de l’ARSE sera déterminant.
Le gouvernement vise 95 % d’accès à l’électricité et 90 % à l’eau potable, dans le cadre d’un programme de 2 000 milliards de francs CFA sur sept ans.
Des ambitions qui supposent que la répartition des actifs et des dettes soit tranchée avec rigueur, et rapidement.



