DIG / Alors que le Gabon connaît de nouvelles tensions sur l’approvisionnement en carburant, une question revient avec insistance : combien la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) doit-elle réellement à ses fournisseurs de pétrole brut ?
Est-ce la conséquence réelle des tensions observés dans l’approvisionnement du pays en carburant ?
Les révélations de la Banque mondiale sur une dette avoisinnant les 860 milliards de FCFA laissent plus d’un perplexe sur le responsabilité de l’unique raffineur du pays dans la situation actuelle.
Ce que disent réellement les chiffres
Les documents financiers disponibles montrent que la raffinerie a effectivement accumulé d’importantes créances fournisseurs, même si aucun document public ne permet aujourd’hui d’établir un montant consolidé de l’ensemble de sa dette fournisseurs.
24 millions de dollars dus à Maurel & Prom
Au 30 juin 2023, le groupe pétrolier Maurel & Prom déclarait une créance de 24 millions de dollars sur SOGARA, soit environ 14,3 milliards de FCFA à l’époque.
Cette créance avait notamment pesé sur le besoin en fonds de roulement de Maurel & Prom.
En juillet 2023, un protocole d’accord avait été conclu avec l’État gabonais afin d’organiser son apurement.
Plus de 20 millions de dollars pour VAALCO
Le cas de VAALCO Energy confirme que Maurel & Prom n’était pas un cas isolé.
Dans un document transmis à la SEC américaine, VAALCO indiquait qu’au 31 mars 2023, SOGARA lui devait 20,3 millions de dollars ( 11,8 milliards de FCFA).
La créance était échue depuis novembre 2022 et aucun paiement n’avait été reçu depuis cette date.
Au 30 septembre 2023, le montant encore dû était de 17,9 millions de dollars, tandis que VAALCO avait constitué une provision pour perte de crédit de 3,5 millions de dollars.
Plusieurs producteurs concernés
Le problème dépasserait ces deux entreprises. En juillet 2024, l’État gabonais a signé plusieurs protocoles avec les sociétés fournissant du brut à SOGARA — notamment Total Gabon, Maurel & Prom, Addax, Sino Gabon, Perenco, Tullow et Assala.
Ces accords portaient notamment sur le règlement de la dette de SOGARA et la sécurisation des paiements des futures livraisons de brut et de gaz.
Ce que l’on peut affirmer
Les données disponibles permettent donc d’établir que SOGARA a bien accumulé des impayés significatifs envers plusieurs fournisseurs de pétrole brut.
En revanche, les 824 milliards de FCFA de passif de SOGARA évoqués dans les données publiques ne doivent pas être présentés comme une dette envers les fournisseurs : le passif total d’une entreprise comprend plusieurs catégories de dettes.
Le montant total réellement dû aujourd’hui à l’ensemble des fournisseurs reste donc à documenter.
C’est précisément cette question qui mérite désormais une réponse : combien SOGARA doit-elle réellement, fournisseur par fournisseur, et quelle part de ces dettes a déjà été apurée ?



