DIG / Face à la flambée des tarifs des taxis à Libreville, le gouvernement mise sur la concurrence de la Compagnie nationale de transport (CNT) plutôt que sur l’application effective de la réglementation existante.
Une stratégie qui pourrait offrir une alternative aux usagers, mais dont l’efficacité dépendra de la capacité du nouvel opérateur public à répondre à la demande.
Une réglementation ignorée depuis 1999
À Libreville, la pratique de la « mise », qui consiste à payer davantage pour obtenir une course, s’est progressivement imposée, particulièrement aux heures de pointe.
Pourtant, la délibération municipale n°012/99/CM/ML du 17 juin 1999 fixe officiellement le tarif à 100 FCFA par personne pour un trajet normal et à 1 000 FCFA pour une course. Un cadre réglementaire dont l’application reste largement défaillante.
La concurrence plutôt que la contrainte
Le ministre des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, estime que la CNT pourra réguler naturellement les prix en proposant des tarifs de référence auxquels les transporteurs privés devront s’adapter pour conserver leur clientèle.
Issue de la fusion de SOGATRA et Trans’Urb, la compagnie publique dispose d’un parc annoncé de 149 véhicules et prévoit notamment neuf lignes dans le Grand Libreville.
Mais cette stratégie comporte une limite : la concurrence ne fonctionne que si l’offre publique est suffisamment dense, régulière et accessible.
Avec neuf lignes annoncées, la CNT devra encore démontrer sa capacité à couvrir les principaux axes et les besoins des usagers, notamment aux heures de pointe.
Le contrôle reste indispensable
Le gouvernement fait le pari du marché pour corriger les dérives tarifaires, mais il ne peut se soustraire à sa mission de régulation.
La loi gabonaise sur les transports terrestres confie à l’État et aux collectivités locales la responsabilité d’organiser le transport public et d’homologuer les tarifs dans leurs domaines de compétence.
La CNT peut devenir un instrument de concurrence, mais elle ne remplacera ni le contrôle des tarifs, ni l’application des textes.
Sans régulation effective et sans offre publique suffisante, les usagers risquent de continuer à payer le prix de la désorganisation du transport urbain.



