Tribune / A Libreville, la dangereuse dérive des cortèges officiels

Le coup de gueule d’une citoyenne exaspérée

« La répétition des scènes finit par banaliser l’inacceptable. PK12, aéroport, lycée d’État, Sablière, boulevard Rawiri : aux heures de pointe comme en circulation dense, des cortèges officiels s’imposent par la force, sirènes hurlantes et gestes pressants, contraignant les automobilistes à se rabattre dans l’urgence, souvent sans possibilité de manœuvrer en sécurité.

La priorité de passage accordée à ces convois ne saurait être confondue avec un droit d’imposer le danger. Or, sur le terrain, des pratiques s’écartent de cet équilibre : slaloms entre véhicules immobilisés, accélérations brusques, injonctions agressives, invectives.

Les conducteurs ordinaires, pris de court, se déportent comme ils peuvent — vers le bas-côté, un accotement irrégulier, une voie déjà saturée — au risque d’accrochages, de pertes de contrôle, de collisions.

A ces comportements s’ajoute un phénomène opportuniste : des automobilistes s’insèrent dans le sillage des cortèges pour « profiter » de l’ouverture, allongeant le convoi et amplifiant le désordre. Le résultat est connu : voitures endommagées, passagers choqués, enfants terrorisés. Et, parfois, des accidents.

Au cœur du problème, une confusion persistante entre nécessité et précipitation. Faciliter un déplacement officiel n’autorise pas à transformer l’espace public en couloir de contrainte. Le principe est simple : céder le passage ne doit jamais signifier se mettre en danger. Il impose, de part et d’autre, anticipation et mesure. Or c’est précisément ce temps — celui qui permet aux usagers de se ranger sans risque — qui fait défaut.

Reste la question de la responsabilité. Lorsqu’un incident survient, l’identification des véhicules est incertaine, les interlocuteurs introuvables, les réparations aléatoires. Ce déficit de traçabilité nourrit un sentiment d’impunité et fragilise la confiance envers l’autorité qu’incarnent ces cortèges.

Il ne s’agit pas de contester leur existence, mais d’en rappeler l’exigence première : protéger. Cela suppose une doctrine claire et appliquée : limitation des convois au strict nécessaire, conduite défensive, signaux gradués et lisibles, refus des manœuvres à risque, et obligation de rendre compte en cas d’incident. La formation des conducteurs d’escorte et l’encadrement effectif des pratiques sont des préalables.

Au fond, l’enjeu est moins celui de la circulation que celui de l’État de droit. Une autorité respectée est une autorité qui se tient elle-même à la règle qu’elle impose. Sur la route, comme ailleurs, une sirène n’est pas un sauf-conduit pour exposer autrui. Elle est un appel à la coopération — et cette coopération exige, d’abord, la sécurité « .

 

apropos de l auteur

La Redaction

Laisser un commentaire