Par Auguste Marie Guembhyt
Ingénieur réservoir retraité de TOTAL, géologue de formation, Président du Conseil des Sages de la Basse-Banio
« Situé dans la province de la Nyanga, dans le département de Mougoutsi (à proximité de Tchibanga), le gisement de fer de Milingui s’impose aujourd’hui comme le deuxième plus grand gisement de minerai de fer du Gabon après Bélinga.
Son histoire, marquée par un long sommeil de plusieurs décennies, illustre le passage progressif d’une promesse géologique inaccomplie à un projet minier et industriel de premier plan pour la diversification de l’économie gabonaise.
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Les origines et le verrou historique (1950 – 1958)
Le potentiel du site est révélé au début des années 1950 par le Bureau Minier de la France d’Outre-Mer (BUMIFOM), qui deviendra par la suite le BRGM. Dès 1957, des infrastructures préliminaires voient le jour avec l’aménagement d’une piste d’atterrissage et l’installation de bureaux de délégation à Tchibanga.
Une première tentative d’exploitation est lancée en 1958. Cependant, l’initiative se solde par un échec en raison d’un obstacle infranchissable à l’époque :
- l’enclavement logistique ;
- l’absence de liaisons ferroviaires vers la côte (notamment l’axe Tchibanga-Mayumba) et l’inexistence de port minéralier rendent le coût d’évacuation du minerai financièrement prohibitif.
Faute de débouchés, le projet est mis en sommeil.
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La réévaluation moderne et l’ampleur du gisement
Après près de six décennies d’inactivité, le gisement fait l’objet de campagnes de réévaluation approfondies, menées d’abord par BHP Billiton, puis consolidées par la suite.
Les études géologiques, gravimétriques et magnétiques révèlent un potentiel considérable :
- Une double minéralisation : L’hématite (en surface) : Peu profonde et à haute teneur (supérieure à 50 %, avec des pics à 70 %), estimée à plusieurs dizaines de millions de tonnes (notamment 35 millions de tonnes ciblées pour la phase initiale).
- La magnétite (en profondeur) : Encastrée dans une gangue de quartz, qui porte le potentiel global du gisement entre 500 millions et un milliard de tonnes.
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Le réveil du projet :
Havilah Mining Gabon et la phase décisive (2018 – 2026) Après un nouveau cycle de neuf années d’études géologiques, environnementales et techniques menées par Havilah Mining Gabon (filiale de Havilah Consolidated Resources), le projet franchit une étape institutionnelle majeure avec la signature officielle de la convention minière d’exploitation avec l’État gabonais.
Sur le terrain, la concrétisation s’accélère à partir de 2024-2026 :
- Partenariats stratégiques et infrastructures : Signature d’accords clés (notamment avec le géant chinois COVEC) pour le développement des corridors de transport, la construction de ponts et l’accès au futur port en eaux profondes de Mayumba.
- Aménagements locaux : Installation de bases-vie, de réserves de carburant et déploiement de la logistique lourde sur site.
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Une stratégie d’exploitation en deux temps :
Pour transformer ce gisement en un moteur de croissance pérenne, l’exploitation s’articule autour d’une approche séquentielle :
- La Phase 1 (Hématite / DSO) : Trésorerie immédiate Exploitée à ciel ouvert en carrière, l’hématite ne nécessite qu’un simple concassage et criblage (Direct Shipping Ore – DSO). Cette phase permet un export direct pour générer rapidement des revenus et amortir les investissements initiaux.
- La Phase 2 (Magnétite) : L’avènement de l’industrie lourde À plus long terme, l’exploitation de la magnétite profonde exigera des travaux souterrains et un processus de valorisation industrielle complexe : broyage fin, séparation magnétique, concentration et bouletage nécessitant un apport énergétique massif et un approvisionnement local en chaux (notamment via le projet de four à chaux de Doussiegoussou).
Conclusion :
Porté par l’objectif national de diversification de l’économie gabonaise au-delà du pétrole et du manganèse, le projet de Milingui s’apprête à entrer dans sa phase de production effective. Plus qu’une simple mine de 135 millions de tonnes d’hématite, Milingui se profile sur plusieurs décennies comme le véritable pôle de l’industrie lourde de la province de la Nyanga, associant extraction minière, infrastructures portuaires et structuration socio-économique régionale ».



